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Combattre la polycrise, combattre les déséquilibres démographiques et économiques
Pour combattre la polycrise, se libérer de la tyrannie de la sidération géopolitique par l’action pour l’autonomie stratégique
| Résumé pour les décideurs
Les démocraties occidentales sont entrées dans un nouveau régime démographique. L’allongement de la vie se conjugue désormais avec une baisse durable de la natalité. Cette transformation, documentée depuis plusieurs décennies, a été pourtant ignorée par nos institutions politiques. Celles-ci restent organisées pour un société composée par une population plus jeune et une croissance démographique et économique permettant de différer les arbitrages.
Cette bascule démographique est au coeur de la polycrise et se produit dans un contexte géoéconomique belliqueux. L’espoir d’une gouvernance mondiale au niveau du G20 et du G7 capable de résorber les déséquilibres macro-économiques internationaux a vécu. L’allocation du capital productif, financier et humain fait l’objet d’une compétition mondiale, amplifiée par les tensions démographiques et les besoins d’investissements qu’exigent la polycrise dans toutes ses dimensions.
Ainsi, la démographie est-elle devenue la contrainte structurante pour l’ensemble des politiques publiques. Elle a réduit progressivement les marges de manœuvre des générations futures. Le vieillissement affecte la croissance potentielle, l’équilibre des finances publiques, l’investissement et, à terme, la capacité des États européens à financer la transition écologique, la défense ou la souveraineté technologique.
Le principal risque réside dans un cercle vicieux : à mesure que la population vieillit, une part croissante des ressources est consacrée aux retraites, à la santé et à la dépendance. Cette conception de la solidarité a progressivement évincé les investissements dont dépend la prospérité future et enfermé nos sociétés dans un présent permanent. En grevant l’investissement, le vieillissement affaiblit ainsi la croissance qui permet précisément de financer le modèle social. L’enjeu n’est donc pas d’opposer les générations, mais de reconstruire un contrat intergénérationnel conciliant protection du présent et investissement dans l’avenir.
La première priorité consiste ainsi à réinvestir dans les générations futures et à rééquilibrer le contrat social. La solidarité intergénérationnelle ne peut plus être pensée uniquement comme un mécanisme de redistribution : elle doit garantir un présent vivable et un avenir désirable. Cela suppose de protéger les investissements de long terme, en réaffectant les économies issues des évolutions démographiques vers l’éducation et l’innovation. Il faut également intégrer l’équité intergénérationnelle dans les décisions publiques à commencer par les retraites dont les sources de financement devraient être diversifiées. Cette stratégie doit également mobiliser davantage le patrimoine privé. L’Europe dispose d’une épargne considérable, concentrée entre les mains des générations les plus âgées et insuffisamment orientée vers le triple défi de la décarbonation de l’économie européenne, son retour à la frontière technologique et sa sécurité face à toutes les formes de néo-impérialisme.
La deuxième priorité est de mobiliser toutes les forces vives pour préserver la capacité productive européenne. Avec le ralentissement de la croissance de la population active, chaque capacité humaine sous-employée représente une perte significative pour la soutenabilité de notre modèle économique et social. Formation tout au long de la vie, reconversions, amélioration des conditions de travail doivent favoriser le maintien en activité des seniors. Accroître le taux d’emploi des femmes suppose parallèlement de lever les obstacles liés à la parentalité. Enfin, une immigration économique articulée aux besoins du marché du travail et accompagnée de politiques efficaces d’intégration et de reconnaissance des qualifications, doit compléter ces leviers.
La productivité doit redevenir le nouveau moteur de la prospérité. Une Europe vieillissante devra créer davantage de valeur avec une main-d’œuvre relativement plus rare. Cela exige d’investir dans les compétences et la modernisation de l’appareil productif et d’accélérer la diffusion des technologies numériques, dont l’IA.
La spirale du vieillissement est inéluctable, en revanche, l’Europe peut choisir la manière dont elle s’y adapte. Plutôt que d’organiser une compétition croissante pour la répartition de ressources devenues plus rares, elle doit renouveler les fondements de leur création et de leur répartition. Réinvestir dans les générations futures, rééquilibrer le contrat social, mobiliser l’ensemble du capital humain et restaurer la productivité constituent ainsi les quatre piliers d’un nouveau pacte intergénérationnel.
| Pour aller plus loin
- Pourquoi les déséquilibres économiques et démographiques sont-is une crise systémique ? | Lire la vue d'ensemble
- Comment alimentent-ils les autres pans de la polycrise ? | Revenir à l'étude générale
Combattre les déséquilibres économiques et démographiques
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