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COMBATTRE LA POLYCRISE

« Les femmes sont en première ligne de la transition démographique » prévient Mélanie VOIN

Entretien intégré à la partie « Déséquilibres démographiques et économiques » de l'étude « Combattre la polycrise »

· Polycrise,Déséquilibres économiques et démographiq

Directrice de la communication et des affaires publiques du Club Landoy, think tank créé en 2019, Mélanie Voin accompagne des organisations engagées pour anticiper, sensibiliser et agir pour repenser les conditions d’une société où l’on vit plus longtemps. Engagée sur la place des femmes dans la société, elle a précédemment exercé à la Commission européenne, au sein du cabinet de la Commissaire à la justice et à l’égalité des genres. Elle développe aujourd'hui aussi le média ViveS, dédié à l’éducation financière des femmes. Dans cet entretien, elle plaide pour des mesures structurelles visant à réduire les inégalités professionnelles, notamment en renforçant le congé paternité et en développant des modes de garde accessibles afin de limiter les pénalités liées à la maternité. Elle met également en avant la nécessité d’agir sur les conditions d’emploi et d’accompagnement des femmes tout au long de leur parcours, afin de garantir leur maintien durable dans l’activité et leur autonomie économique.

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Comment intégrer davantage les seniors dans le marché du travail ?

Les seniors sont souvent perçus comme la variable d’ajustement dans les politiques de gestion des ressources humaines. En effet, ils font régulièrement l’objet de plans de départs anticipés, parfois présentés comme une solution pour rajeunir les équipes ou réduire les coûts.

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Pourtant, cette approche soulève des défis majeurs : les plus de 50 ans, qui ont encore 10 à 15 années de carrière devant eux, représentent une source essentielle de contribution pour financer le système de protection sociale et améliorer la croissance. Leur exclusion prématurée prive non seulement les entreprises de compétences précieuses, mais peut aussi entraîner une perte de savoir-faire critique pour l’entreprise.

Paradoxalement, certaines organisations se voient contraintes de re-recruter ces mêmes seniors en tant que consultants, afin de transmettre les compétences qu’ils maîtrisent, révélant ainsi les limites d’une gestion court-termiste de la main-d’œuvre.

Par conséquent, il apparaît primordial de trouver des leviers pour garantir le maintien des seniors dans le marché du travail, afin de capitaliser sur leur expertise tout en répondant aux besoins de main d’oeuvre des entreprises alors qu’elle se raréfie en raison de la transition démographique. Cela peut se traduire par le renforcement de la formation continue, notamment en proposant des programmes adaptés aux évolutions technologiques et aux nouvelles compétences requises, ainsi que par une meilleure valorisation de l’expérience, en reconnaissant officiellement les acquis professionnels et en facilitant leur mobilité interne.

Proposition : Offrir des opportunités tout au long de la vie professionnelle en renforçant la formation continue ainsi qu’en recrutant des personnes à toutes les étapes de leur carrière.

Ce phénomène est encore plus prononcé chez les femmes. En effet, les femmes seniors subissent une double discrimination, à la fois liée à leur âge et à leur genre. Ces stéréotypes restreignent leurs perspectives professionnelles et renforcent les écarts salariaux ainsi que les freins à leur évolution de carrière. Dans cette optique, des initiatives comme Force Femmes accompagnent spécifiquement les femmes de plus de 45 ans dans leur parcours professionnel.

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Comment intégrer davantage les femmes dans le marché du travail et faire en sorte qu’elles ne soient pas pénalisées par la maternité?

En France comme dans de nombreux pays, les inégalités salariales entre les femmes et les hommes persistent malgré les progrès réalisés ces dernières décennies. À poste et à niveau d’études équivalents, l’écart de rémunération se situe encore entre 15 et 20 %, une disparité qui s’aggrave souvent après la naissance du premier enfant.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation : les femmes sont plus fréquemment confrontées à des interruptions de carrière ou à des temps partiels. Ces contraintes limitent leur capacité à épargner, mais aussi à progresser professionnellement, car les absences prolongées ou les réductions d’activité peuvent freiner les augmentations salariales et les opportunités de promotion. Ainsi, les inégalités salariales se répercutent directement sur leur capacité à constituer une épargne, creusant davantage les écarts économiques entre les genres.

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Ce sujet est primordial et doit être saisi avec urgence, car il a un impact direct sur la démographie : si le fait de devenir mère est aussi pénalisant, cela peut influencer le désir d’enfant et, par conséquent, le taux de natalité.

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Par ailleurs, les interruptions de carrière liées à la maternité ont des répercussions sur le système social, en réduisant mécaniquement le nombre d’actifs contribuant à la solidarité nationale. Il est important que nous nous saisissions tous de ces enjeux.

Pour atténuer ces disparités, plusieurs pistes pourraient être envisagées. Tout d’abord, renforcer les congés paternité, en s’inspirant de modèles comme celui de la Suède ou de l’Espagne, où ces congés sont non seulement plus longs, mais aussi obligatoires sous peine de pénalités financières. En cas de congés paternité d’une durée trop courte, les hommes sont moins impliqués dès le départ, pouvant par conséquent se retrouver en position de "soutien" plutôt que de co-responsabilité, ce qui renforce la charge mentale des femmes.

Proposition : Allonger les congés paternité et les associer à des pénalités financières pour favoriser une répartition équitable des responsabilités parentales.

Par ailleurs, améliorer l’accès à des modes de garde abordables et flexibles serait essentiel pour faciliter la reprise du travail et éviter que les femmes ne soient contraintes de ralentir leur carrière. Pourtant, le secteur de la petite enfance fait face à des difficultés structurelles de recrutement. Pour y remédier, il apparaît nécessaire de revaloriser les salaires et les conditions de travail des professionnels de la petite enfance, afin d’attirer et de fidéliser les talents dans ce secteur clé. En parallèle, la simplification des démarches administratives pour l’ouverture de nouvelles places en crèche ou chez les assistantes maternelles permettrait d’accélérer l’offre et de répondre plus rapidement aux besoins des familles.

Proposition : Revaloriser les salaires et améliorer les conditions de travail des professionnels de la petite enfance.

Un autre aspect de la sphère privée peut avoir un impact direct sur la sphère professionnelle : l’aidance. Or, ce phénomène est amené à s’amplifier dans les prochaines années.

Dans une société vieillissante, la croissance du nombre de salariés aidants est une réalité incontournable. Ces travailleurs, déjà engagés dans leur activité professionnelle, doivent également s’occuper d’un proche dépendant, ce qui crée un équilibre souvent difficile à maintenir.

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Les aidants actifs, qui accompagnent au quotidien des proches en situation de dépendance, font face à de nombreux défis : manque de temps, coût élevé de l’accompagnement, fatigue, pénurie de professionnels qualifiés et complexité logistique pour organiser l’aide.

Malgré ces obstacles, une grande majorité d’entre eux souhaitent poursuivre leur activité professionnelle. En effet, l’emploi représente bien plus qu’une simple source de revenus : il offre un cadre social, un statut valorisant, des perspectives de carrière et, surtout, un équilibre essentiel dans leur vie pour penser à autre chose.

Le Club Landoy a ainsi identifié 20 solutions concrètes pour accompagner les aidants et les entreprises basées sur les retours d’expérience de salariés aidants. A tout d’abord été exprimé le fait que l’accompagnement passe par du temps dédié aux rendez-vous médicaux ou aux démarches administratives de la personne aidée, ce qui nécessite une certaine flexibilité de la part de l’employeur.

Proposition : Garantir une meilleure flexibilité au travail (télétravail, aménagement des horaires de travail).

Ils mettent également en avant la nécessité d’être soutenus dans les démarches administratives liées à l’aidance. Ce soutien n’est pas seulement bénéfique pour eux, mais aussi pour l’employeur, car il permet de concentrer leur énergie sur leur activité professionnelle plutôt que sur ces démarches.

Proposition : Développer la possibilité d’un soutien administratif des aidants, not. via l’accompagnement par des « Care managers » au sein des entreprises.

On entend souvent dire que le niveau de vie des retraités est désormais équivalent à celui des actifs en France, comment l’expliquer et quelles en sont les conséquences ? Comment faire en sorte que l’épargne finance davantage l’économie et la compétitivité ?

Le montant des pensions de retraite est en moyenne inférieur aux revenus des actifs, mais cet écart est en partie compensé par le fait que les retraités ont moins souvent des enfants à charge. Par ailleurs, leLe taux d’épargne des ménages est particulièrement élevé en France, en particulier chez les seniors. Cela indique que les seniors désépargnent peu pour financer leur quotidien, préférant conserver leur épargne. Toutefois, une grande partie de cette épargne n’est pas investie dans l’économie productive, ce qui peut freiner la croissance et la compétitivité du pays. Ce déséquilibre intergénérationnel dans l’utilisation de l’épargne souligne la nécessité de repenser sa répartition et son rôle dans le financement de l’économie. La question devient alors celle de la responsabilité individuelle face à une vie longue et à la préparation financière qu’elle exige, tout en assurant une solidarité et une dynamique économique durable entre les générations.

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Toutefois, une grande partie de cette épargne n’est pas investie dans l’économie productive, ce qui peut freiner la croissance et la compétitivité du pays. Ce déséquilibre intergénérationnel dans l’utilisation de l’épargne souligne la nécessité de repenser sa répartition et son rôle dans le financement de l’économie. La question devient alors celle de la responsabilité individuelle face à une vie longue et à la préparation financière qu’elle exige, tout en assurant une solidarité et une dynamique économique durable entre les générations.

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L’éducation financière devient un enjeu majeur dans une société où l’espérance de vie ne cesse de s’allonger. Si vivre longtemps est une réalité, anticiper les besoins financiers qui en découlent est souvent négligé. Une mauvaise planification peut entraîner des difficultés importantes, notamment face aux coûts élevés liés à la dépendance, qui ne sont pas couvert par le système de protection sociale. Les frais des maisons de retraite, l’aide à domicile ou encore les dépenses médicales sont rarement pris en compte dans les stratégies d’épargne des individus. Ces dépenses, qui peuvent être imprévisibles et considérables, nécessitent une gestion proactive dès le plus jeune âge.

Une meilleure éducation financière permet de sensibiliser les citoyens à ces enjeux, les aidant à mieux anticiper leur épargne, tout en réduisant la pression sur les systèmes publics de solidarité.

Proposition : Promouvoir l’éducation financière dès le plus jeune âge permettrait de mieux anticiper l’épargne nécessaire pour faire face aux défis d’une vie longue.

Cette augmentation du niveau de vie concerne-t-elle l’ensemble des retraités ?

Les femmes retraitées connaissent souvent une situation financière plus difficile que leurs homologues masculins, et ce, malgré une espérance de vie généralement plus longue.

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Cette disparité s’explique par plusieurs facteurs, notamment des carrières professionnelles fragmentées dues à la maternité et au rôle prépondérant qu’elles jouent en tant qu’aidantes familiales. De plus, leur recours fréquent au travail à temps partiel réduit leurs cotisations et impacte directement le montant de leur pension. Ces inégalités les rendent particulièrement vulnérables face au décès de leur conjoint et au financement de leur dépendance.

Il est essentiel d’encourager les femmes à prendre conscience des conséquences directes qu’un arrêt ou une interruption de carrière peut avoir sur leurs années de cotisation et, par extension, sur leur future retraite. Cela nécessite de renforcer l’information et l’accompagnement des femmes dans ces transitions professionnelles.

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Certaines solutions peuvent être envisagées, comme la mise en place d’accords au sein de la famille, par exemple avec le conjoint, prévoyant des compensations spécifiques. Cela peut inclure, par exemple, le rachat de trimestres supplémentaires afin de compenser cette perte.

Proposition : Encourager la mise en place d’une compensation financière en cas d’interruption de carrière afin d’assurer la validation de la retraite à taux plein.

Cependant, il n’existe pas de solution miracle. C’est pourquoi il est essentiel de se constituer une épargne personnelle. L’objectif est d’éviter une situation de dépendance financière, que ce soit vis-à-vis du conjoint ou, plus tard, des enfants. Anticiper permet justement de réduire ce risque, ce qui souligne encore une fois l’importance de l’éducation financière . À ce sujet, il est important de noter que les femmes ont souvent tendance à privilégier des produits d’épargne plus sécurisés. Mais si elles épargnent moins, c’est aussi parce qu’elles gagnent moins, une situation qui s’accentue souvent après la naissance du premier enfant.

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L’Institut Open Diplomacy, fondé en 2010 par Thomas Friang, est un think tank reconnu pour ses travaux d’intérêt général. En 2025, face à l’accumulation de crises géopolitiques, écologiques, économiques et politiques qui s’aggravent mutuellement, il s’est donné pour mission de « comprendre et combattre la polycrise ».

Pour mener à bien cette mission, l’Institut a tout d'abord mobilisé plus de dix co-auteurs et trente experts autour d’une analyse des quatre grandes crises systémiques et de leurs interactions. Le fruit de ces travaux a été publié dans un premier rapport, Comprendre la polycrise : précis de lucidité pour négocier un tournant historique. Cette étude, parue à l’occasion du 15ᵉ anniversaire de l’Institut, a également posé les fondements du Sommet du Y7, organisé du 17 au 20 mai autour du thème « Combattre la polycrise ».

Afin de prolonger cette réflexion et de valoriser les propositions formulées lors du Y7, l’Institut a ensuite mobilisé cinq co-auteurs, dix-sept contributeurs et trente-huit experts pour identifier des solutions concrètes pour combattre la polycrise. Présentée le 9 octobre à la Maison de l’Europe, cette nouvelle étude est divisée en quatre grandes parties - intégrer les déséquilibres démographiques | endiguer les bouleversements géopolitiques | ralentir les crises écologiques | prévenir les ruptures technologiques - et est accessible dans son intégralité en ligne via ces pages.

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