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COLLOQUE POLYCRISE

« Nous devons écrire un socle commun de connaissances et compétences pour la transition qui se traduit en projet politique » martèle Cécile RENOUARD

Entretien intégré à la partie « Crises écologiques » de l'étude « Combattre la polycrise »

· Crise écologique,Polycrise

Cécile Renouard est la Présidente du Campus de la Transition, organisme fondé en 2018 ayant pour mission de transformer l’enseignement supérieur en vue de la transition écologique. Professeure de philosophie aux Facultés Loyola Paris, ainsi qu’enseignante à l'Ecole des Mines de Paris et à l'ESSEC, ses recherches portent sur la responsabilité sociale et éthique des entreprises ainsi que la refonte de nos modèles économiques vers un mode de vie durable et inclusif. Titulaire d’un doctorat de l’EHESS et diplômée de l’ESSEC, elle a publié de nombreux ouvrages sur la contribution des entreprises au lien social et écologique, notamment par l'élaboration d’un Index de Capacité Relationnelle (RCI). Dans cet entretien, elle revient sur la prise en compte de la notion de contrainte dans un monde fini et a l’heure du franchissement des limites planétaires, et souligne la nécessité de nouveaux récits de société se traduisant en projet politique de transition.


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Opérer la transition écologique française implique de nombreux acteurs, dans tous les domaines. La planification se fait depuis plusieurs années directement au sommet de l’Etat, par le SGPE. Quelles leçons pouvons-nous tirer de cette approche se voulant holistique ?

C’est une excellente chose que de vouloir définir et structurer de façon systémique des stratégies de transformation combinant l’impératif d’atténuation – donc de décarbonation forte et volontariste – et d’adaptation, en anticipant une augmentation de la température moyenne de plusieurs degrés en France d’ici la fin du siècle.

Les travaux du SGPE croisent ceux d’agences publiques comme les scénarios de décarbonation de l’ADEME, et peuvent aussi s’appuyer sur les études sectorielles prospectives menées bénévolement par des réseaux d’ingénieurs dans des think tank comme le Shift Project. Le point fort de telles études est de montrer que des trajectoires sont possibles pour rediriger nos politiques publiques et les choix entrepreneuriaux. Encore faut-il que le politique s’en saisisse, ce qui n’est pas le cas, ou de manière très insuffisante au regard des besoins urgents.

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L’ensemble de la stratégie d'électrification française conduirait à l'exploitation d’environ 5% de la production de cuivre mondiale. Comment arbitrer entre la nécessité d’une transition forte et les limites physiques qui s’imposent à nous ?

Cette donnée reflète bien les dilemmes tragiques auxquels nos sociétés doivent faire face. Ceci plaide pour deux types de réflexion : celle du juste partage des ressources planétaires, car la France représente moins de 0,8% de la population mondiale et celle des arbitrages en termes de plan d’électrification – en plus des efforts pour trouver d’autres minerais aptes à permettre d’électrifier nos usages. Nous allons entrer dans le dur de l’expérience de nos limites, comme le montrent les vagues de chaleur qui se succèdent en cet été 2026 en France et en Europe. Une température moyenne augmentée de 2,5° en 2100 signifie une augmentation moyenne de 4° en France.

Les besoins d’électricité vont aller de pair avec des sécheresses et pénuries d’eau – et c’est déjà le cas au Chili, le plus gros producteur de cuivre : le gouvernement chilien doit aussi arbitrer à certaines périodes de l’année entre la priorité à l’extraction de cuivre, très gourmande en eau, et l’accès à l’eau pour l’alimentation et les cultures vivrières. Là aussi, la désalinisation présentée parfois comme la solution se heurte à la réalité de sa dépendance à l’égard des énergies fossiles. 1 % seulement des procédés de dessalement utiliseraient des énergies renouvelables, à l’heure actuelle.

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Les études des experts du climat, de la biodiversité, de l’alimentation nous montrent à quel point notre rêve d’une production et d’une consommation illimitées se heurte à nos limites et nous oblige collectivement à revoir nos choix, pour dépenser nos ressources « moins et mieux ». La sobriété choisie est le meilleur moyen de favoriser les transformations nécessaires de manière non violente, les autres options étant l’austérité imposée de manière autoritaire ou des effondrements subits. Si nous étions dans un monde marqué par la coopération, nous pourrions mettre à plat les besoins des populations des pays et réfléchir aux critères d’équité dans le partage des efforts pour financer la transition en fléchant les investissements vers les réponses à nos besoins essentiels. Le déni écologique et climatique et la recrudescence des rapports de force nous placent dans une fuite en avant suicidaire.

Quels principes doivent guider nos choix économiques et de société, pour assurer une transition désirable et vivable ? Comment les traduire dans nos politiques publiques, notamment européennes ?

Nous faisons face à un énorme défi culturel : nos imaginaires sont formatés par le rêve du « toujours plus » et du « comme je veux, quand je veux ». Ceci entraîne une caricature de tout discours centré sur nos limites et leurs conséquences en matière de mode de vie, ceux-ci étant vus comme la vie des amish ou le retour à l’âge de pierre. Le défi est anthropologique : comment affronter les impasses existentielles du capitalisme productiviste, ultra-consumériste, financiarisé et court-termiste, qui à la fois nous fournit un confort appréciable mais laisse beaucoup de personnes dans les marges, et qui se révèle un accélérateur et une racine du désastre ?

Malheureusement ce rêve est dur à abandonner, car il sature aussi les individus de produits et d’aspirations éphémères, et renforce les courses folles qui occultent la confrontation à nos peurs et à nos désirs profonds. Le défi est donc de concilier lucidité et aspiration à un futur désirable et possible. Ceci passe par un travail de priorisation de nos besoins, par une coordination européenne : marché de 460 millions d’habitants, l’Europe est attractive et peut jouer un rôle important pour illustrer la possibilité de développer des économies décarbonées, attentives aux plus vulnérables et donneuses de sens.

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A cet égard, les reculs que représentent depuis 2025 le détricotage du Pacte vert, des directives sur le devoir de vigilance et la CSRD sont dramatiques : ils retardent l’adoption de mesures fortes obligeant les plus gros pollueurs publics et privés à assumer les coûts et à rediriger leurs modèles d’affaires.

Le développement de certains projets de datacenters, singulièrement aux Etats-Unis, vont consommer plus d'électricité que certaines villes. Comment concevoir nos arbitrages à l'heure de la course au développement technologique ?

Là aussi, le questionnement éthique est indispensable. La fuite en avant relative à l’explosion de l’IA générative nous demande de cartographier les différents usages, de repérer ceux qui sont inutiles et nuisibles, ceux qui sont utiles et qui justifient le recours à l’IA – notamment en matière médicale et pour certaines modélisations facilitant la mise en œuvre de la transition énergétique et écologique.

Il s’agit collectivement de se rendre compte des ordres de grandeur en jeu. Par exemple, le data center en construction de Fouju en Seine et Marne aurait, selon des estimations, une consommation d’électricité égale à 13% de la consommation de l’Ile-de-France. Ceci nous invite à nous demander à quelles conditions le jeu en vaut la chandelle. La discussion autour des critères de justice est alors particulièrement importante. Comment assurer des minima pour les plus vulnérables, dans leur accès à des biens et services de base ? Comment mettre en évidence les arbitrages nécessaires?

Quelle valeur donner aux ressources naturelles que nous exploitons, comme l’eau ou les minéraux ? Comment cela modifierait t-il le cadre économique existant ?

Plusieurs innovations juridiques existent, afin de mieux prendre en compte la valeur clé des différentes ressources de notre planète Terre. On cite souvent le cas du fleuve Whanganui en Nouvelle Zélande, qui est reconnu comme patrimoine naturel et culturel pour les populations autochtones le long de ses rives et a acquis une personnalité juridique. C’est une façon de plaider pour une ontologie relationnelle, post-naturaliste (dans le prolongement des travaux de Descola, notamment) qui cherche à se situer à distance d’une compréhension fortement anthropocentrée marquée par une séparation entre l’humain et le reste du vivant.

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D’autres penseurs arguent en faveur d’un anthropocentrisme faible, qui permet de réunir des populations du monde entier, notamment issues des grandes religions monothéistes, plus réticentes à l’égard des éthiques dites patho-, bio- ou éco-centrées qui accordent une valeur intrinsèque aux animaux doués de sensibilité, au vivant ou aux écosystèmes. Bryan Norton souligne combien une telle perspective d’un anthropocentrisme faible, qui vise à préserver et soigner les écosystèmes afin d’assurer l’habitabilité de la planète pour les humains en relation harmonieuse avec les milieux vivants, oblige à prendre soin aussi des animaux et des écosystèmes.

Les vagues caniculaires de mai et juin 2026 ont fait ressortir dans le débat public l’importance de l’adaptation, et le retard pris dans ce domaine. Comment développer une meilleure anticipation dans nos politiques publiques, et assurer l'adaptation tout en renforçant notre politique d'atténuation ?

Comme le souligne la climatologue Valérie Masson-Delmotte, ex présidente du groupe 1 du GIEC, nous avons une obligation d’atténuation et en même temps un devoir d’assurer des droits à des conditions de vie décentes pour les personnes, en particulier les plus fragiles. Nous disposons de nombreuses sources de connaissances mais, comme le disait Bergson, nous ne voulons pas croire ce que nous savons. Il s’agit de prendre au sérieux les rapports d’experts et de tous les acteurs qui nous décrivent bien un certain nombre de mesures essentielles. Par exemple, nous savons très bien depuis des années que des canicules et autres phénomènes extrêmes vont survenir avec une intensité et une fréquence accrues.

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Nous savons qu’il s’agit, à une échelle macro, d’isoler les bâtiments anciens, de construire des habitats bioclimatiques, de végétaliser les villes, de peindre en blanc les bâtiments, de favoriser un mix de ventilateurs et de climatiseurs - notamment réversibles, utilisés de façon raisonnée - et de modifier certains horaires, conditions d’études et de travail. Il s’agit aussi, à une échelle micro, de mobiliser des micro-dispositifs bioclimatiques tirés des multiples expériences des pays tropicaux, de créer des courants d’air pendant la nuit et de calfeutrer les espaces le jour, de s’habiller sans se dénuder plus avant et avec des couleurs claires, de ne pas s’exposer au soleil, de boire beaucoup mais pas très froid, d’enseigner des gestes bien connus dans les pays qui subissent déjà des températures torrides.

L’adaptation nécessite des politiques publiques volontaristes aussi bien que des mobilisations et une éducation collective pour expérimenter des changements dans les modes et styles de vie. L’adaptation est indispensable en tant qu’elle s’ajoute à la décarbonation de nos économies, sans s’y substituer. A cet égard, l’image de l’économie du donut proposée par Kate Raworth est parlante, comme le recours à la logique de post-croissance : s’il s’agit de créer et partager des richesses en respectant un plancher social et un plafond environnemental, il est question à la fois d’atténuation dans le refus de subir le dépassement des frontières planétaires sans agir, et donc dans la volonté de lutter contre le recours aux énergies fossiles, contre la pollution de l’eau, de l’air et des sols. L’adaptation est relative aux droits d’accès à des minima dans les biens et services de base.

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L'ère de la rareté s’observe également dans le domaine budgétaire, dans lequel nos marges de manœuvre sont plus étroites que jamais. Quelles actions recommanderiez-vous pour assurer une transition ambitieuse sous contrainte ? Quels défis et opportunités à l'échelle européenne permet-elle ?

Les arbitrages sont douloureux mais les finalités doivent être clairement débattues : si l’objectif est la qualité de vie pour tous aujourd’hui et demain, il nous faut renoncer aux habitudes et aux dépenses qui nourrissent des comportements de surconsommation et, à l’inverse, favoriser une sobriété conviviale et solidaire.

A cet égard, il est urgent de revisiter les métriques qui organisent la vie de nos sociétés : des réflexions existent en matière de transformation des normes comptables, notamment pour intégrer dans la comptabilité le coût du capital naturel ou humain, plutôt que de considérer la nature comme un actif qu’on peut exploiter à sa guise. Il s’agit aussi de remettre en cause le primat absolu donné à la croissance du PIB, pour mettre en valeur d’autres indicateurs : Eloi Laurent a proposé de conditionner les choix collectifs à l’amélioration de l’espérance de vie ; avec des collègues et doctorants, depuis 18 ans, nous avons construit différentes versions d’un indicateur de capacité relationnelle (RCI : relational capability index) pour mettre au cœur de la réflexion économique et politique la qualité du lien social et écologique. Au niveau européen, là encore, une occasion est de mettre en avant la robustesse plutôt que la performance classique, selon les termes de l’écologue Olivier Hamant.

La recomposition des relations internationales sous l’effet de forces majeures comme la présidence impériale de Donald Trump et l’explosion des surcapacités chinoises nous oblige à une adaptation de stratégie. Quelle traduction cela implique pour notre transition, par exemple dans la sécurisation de nos chaines de valeurs pour les technologies vertes ou la nécessité de développer nos échanges économiques dans de nouveaux marchés ?

La réalité des rapports de pouvoir et la distanciation des États-Unis à l’égard de l’idéal de coopération démocratique invitent à ne pas être naïfs quant aux intentions des acteurs politiques sur la scène internationale. Mais comme le souligne le Pape Léon XIV dans l’encyclique Magnifica Humanitas, sur nos rapports à la technique, le soi-disant réalisme masque un refus de reconnaître la réalité des multiples risques et dangers que nos modèles économiques et nos choix font peser sur les plus pauvres et sur les générations futures. Il souligne notamment qu’ « il existe un réalisme dégradé qui confond constatation et résignation : puisque la force domine, il en conclut qu’elle doit dominer. Le réalisme authentique ne renonce pas à changer le monde. Il commence par voir clairement les intérêts, les peurs, les entraves et les rapports de force, précisément pour évaluer ce qu’il est possible d’obtenir et par quelles étapes. Il ne réduit pas la politique à la morale, mais ne la livre pas non plus à la violence. Il cherche des voies praticables pour que la paix soit plus qu’un mot, c’est-à-dire des institutions crédibles, des garanties vérifiables, des négociations patientes, une prévention des conflits et la protection des civils ».

La recherche des moyens de mettre en œuvre les stratégies d’atténuation et d’adaptation va de pair avec la construction de relations plus pacifiées entre Etats. A l’heure actuelle, les intérêts financiers liés aux conflits en cours alimentent malheureusement le désinvestissement ou sous-investissement dans le secteur de la transition écologique. La recherche de construction de coalitions climat (selon l’expression de Pierre Charbonnier) fondées sur l’intérêt bien compris des acteurs étatiques et économiques est nécessaire. Mais elle ne peut pas se passer d’un examen de conscience planétaire sur les impasses de la seule mobilisation des intérêts.

Malgré une action forte et une forte croissance d'année en année, les financements verts, singulièrement privés, restent encore trop faibles par rapport à l'atteinte de nos objectifs. Quels obstacles existent à leur essor ? Comment les dépasser ?

Il est patent que les investissements continuent à soutenir l’extraction et l’usage massif des énergies fossiles et de leurs dérivés sans favoriser assez le déploiement des énergies vertes. Les critères d’investissement socialement et environnementalement responsable sont souvent très insuffisants au regard des transformations profondes à promouvoir. Pour que les entreprises s’engagent résolument dans la transition, il faut aussi leur donner des soutiens financiers et des garanties dans la durée.

Des dispositifs de différentes natures peuvent être mis en avant, notamment en prenant conscience, comme le fait la CSRD, des risques les plus importants que les différents secteurs d’activité font peser sur les équilibres planétaires. Cette conscience accrue devrait faciliter la redirection des investissements vers les secteurs les plus vertueux et les malus et pénalités pour les mauvais joueurs. Il y a quelques années, le patron du fonds BlackRock avait demandé des comptes aux compagnies pétrolières au sujet de la transformation de leurs modèles d’affaires. Malheureusement, Larry Fink est revenu en arrière en traitant le discours écologique de wokisme.

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Se pose dès lors la question du rôle du politique afin d’imposer des trajectoires de décarbonation, de taxer les pratiques anti-écologiques et de mettre en œuvre des mesures afin de respecter la biodiversité, d’assurer l’accès à l’eau et aux services essentiels pour les plus vulnérables.

Comment construire un narratif écologique attirant dans le débat public, permettant de remettre la crise environnementale au cœur de nos politiques ?

Une des grosses difficultés est la polarisation politique sur le sujet de l’écologie. Il s’agit d’en faire un objet transversal, incontestable, nécessitant des débats sur les moyens. De ce point de vue, l’instruction rigoureuse et grand public de controverses socio-techniques est importante. Elle peut se faire par des conventions citoyennes, mais aussi par le biais des médias, des formations universitaires, des efforts d’éducation populaire.

Débattre à partir d’une cartographie des acteurs et des arguments en présence, et d’un retour historique sur les racines des controverses, permet ensuite de mener un discernement éthique et politique : mettre en lumière les principaux critères éthiques pouvant être mobilisés peut éclairer la délibération et, in fine, la décision politique.

La rareté se traduit également dans la parole publique. Quelle posture adopter face à la couverture médiatique très faible des questions environnementales, ainsi qu'à la désinformation constante observée dans les espaces informationnels historiques comme émergents ?

Nous devons réagir face aux bulles de filtre et aux fake news alimentées par les réseaux sociaux, phénomène qui a été très bien documenté et analysé par David Chavalarias : chacun a tendance à être abreuvé d’informations présentées selon ses propres préférences, et cette absence de recul critique et de débat argumenté est une spirale dangereuse. Des acteurs comme Quota Climat jouent un rôle important pour alerter sur les dysfonctionnements de nos médias et ouvrir au pluralisme, à des règles de déontologie, de transparence, d’intégrité et de croisement des sources.

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La polycrise, comme enchevêtrement des crises écologiques, politiques, technologiques, économiques et géopolitiques, se traduit par un emballement systémique. Comment utiliser la nécessité de la transition écologique comme moteur d’une stabilisation ?

Nous vivons dans un monde incertain et volatile, qui nous engage à ralentir dans certaines dérives afin d’accélérer la transition écologique. De ce point de vue, la reconnaissance de la gravité de l’urgence écologique et sociale implique de croiser différents regards, et dans le langage du Campus de la Transition, de passer par différentes portes. Nous avons été mandatés en 2019, par la ministre de l’enseignement supérieur, pour écrire un socle commun de connaissances et compétences pour la transition.

L’ouvrage qui est sorti d’une mobilisation de plus de 70 enseignants chercheurs, le Manuel de la Grande Transition (LLL, 2020), est construit autour de six portes, six terrains de questionnement complémentaires : (i) le diagnostic qui favorise la compréhension des interdépendances et la nécessité d’apprendre la systémie ; (ii) l’aiguillon éthique pour interroger les représentations du bien vivre, les critères de justice et les responsabilités communes et différenciées ; (iii) les normes et les institutions pour piloter le changement des modèles mentaux et la consolidation de démocraties écologiques ; (iv) les récits pour nourrir une pensée prospective et reconnaître le rôle clé de la rationalité symbolique en contrepoint à la rationalité technoscientifique ; (v) les conditions du passage à l’action prenant en compte les différents acteurs, les échelles d’espace et de temps ; et (vi) la reconnexion à soi, aux autres et à la nature, comme une manière de s’appuyer sur les ressources intérieures, face à l’éco-anxiété et au sentiment d’impuissance ou d’échec.

Passer par ces six portes peut être traduit en projet politique, au sens large, comme une façon de prendre conscience des compétences éthiques, systémiques, prospectives, psychosociales et relationnelles clés pour avancer en profondeur.

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L’Institut Open Diplomacy, fondé en 2010 par Thomas Friang, est un think tank reconnu pour ses travaux d’intérêt général. En 2025, face à l’accumulation de crises géopolitiques, écologiques, économiques et politiques qui s’aggravent mutuellement, il s’est donné pour mission de « comprendre et combattre la polycrise ».

Pour mener à bien cette mission, l’Institut a tout d'abord mobilisé plus de dix co-auteurs et trente experts autour d’une analyse des quatre grandes crises systémiques et de leurs interactions. Le fruit de ces travaux a été publié dans un premier rapport, Comprendre la polycrise : précis de lucidité pour négocier un tournant historique. Cette étude, parue à l’occasion du 15ᵉ anniversaire de l’Institut, a également posé les fondements du Sommet du Y7, organisé du 17 au 20 mai autour du thème « Combattre la polycrise ».

Afin de prolonger cette réflexion et de valoriser les propositions formulées lors du Y7, l’Institut a ensuite mobilisé cinq co-auteurs, dix-sept contributeurs et trente-huit experts pour identifier des solutions concrètes pour combattre la polycrise. Présentée le 9 octobre à la Maison de l’Europe, cette nouvelle étude est divisée en quatre grandes parties - intégrer les déséquilibres démographiques | endiguer les bouleversements géopolitiques | ralentir les crises écologiques | prévenir les ruptures technologiques - et est accessible dans son intégralité en ligne via ces pages.

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