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COMBATTRE LA POLYCRISE
  • Pour combattre la polycrise, ralentir les crises écologiques

    L’Europe peut porter un modèle de prospérité compatible avec les limites planétaires

    | Résumé pour les décideurs

    Dix ans après l’accord de Paris et les objectifs de développement durable, le monde a basculé dans une nouvelle époque. Dans un contexte de polycrise, la fragmentation géopolitique, le réarmement, les tensions économiques et la compétition technologique ont relégué les crises écologiques au second plan au moment même où elles s’aggravent. Sept des neuf limites planétaires sont désormais franchies. Le monde se dirige vers un réchauffement de 2,9 °C d'ici la fin du siècle et le budget carbone compatible avec 1,5 °C sera épuisé dans quatre ans. En parallèle, la sixième extinction de masse est engagée et il faudrait déjà 1,73 planète pour soutenir l'économie mondiale.

    Ce dérèglement menace les fondations mêmes de notre prospérité. Aussi avancées soient-elles, nos sociétés demeurent profondément dépendantes de la nature. Les crises écologiques ne relèvent donc pas du registre moral ni des priorités sacrifiables, elles engagent la stabilité économique et la sécurité de nos sociétés. L’inaction coûtera jusqu’à 5 à 20 fois plus cher que l’action.

    Le paradoxe de notre époque est là : nos sociétés modernes sont structurellement contraintes d'accélérer alors que l'urgence écologique commanderait de ralentir. La compétition internationale désinhibée, les menaces géopolitiques, le poids des dettes et les clivages idéologiques rendent peu réaliste une décroissance coordonnée à l'échelle mondiale. Attendre une transformation radicale du système économique comme préalable à l'action écologique reviendrait donc à condamner celle-ci à l'impuissance. Dans cette impasse apparente demeure une voie pragmatique, qui ne cède ni au nihilisme de l'inaction ni à l'attente d'un grand soir. À la hauteur de la gravité des crises et ancrée dans le monde tel qu'il est, elle consiste à changer les règles du jeu, pour que la prospérité cesse de reposer sur la destruction de ses propres fondations.

    Ce chantier doit commencer par le retour d'un État stratège, qui retrouve une vision de long terme et fixe le cap au reste de l’économie. Les systèmes essentiels sur lesquels reposent la vie et les libertés, un climat stable, de l'eau douce, un air pur, des sols vivants, doivent être érigés en intérêt vital de la Nation, protégés dans le droit comme dans les budgets. Ce devoir exige d'abord la cohérence: l'État ne peut financer d'une main ce qu'il combat de l'autre. Il faut supprimer les subventions dommageables, verdir la commande publique et fixer les premières limites aux activités menaçant les systèmes essentiels. Aucune stratégie nationale ne peut cependant suffire face à des problèmes qui ignorent les frontières. Dans un multilatéralisme fragmenté, l'effort doit s'appuyer sur des coalitions de volontaires, capables d'avancer sans attendre l'unanimité et d'étendre progressivement leur influence.

    Le cap étant fixé, l’atteindre nécessitera un changement des règles du jeu économique pour réorienter la production et les capitaux privés. Les crises écologiques sont une conséquence structurelle de nos modèles économiques. Le marché reste aveugle à une partie du coût écologique de l’activité : il comptabilise la richesse produite sans comptabiliser la destruction du capital naturel qui la rend possible. Le grand investissement écologique passe donc avant tout par une refonte des règles qui décident de l'allocation des capitaux. Sur le climat, cela suppose d’internaliser le coût du carbone pour sortir des énergies fossiles, devenues véritable nœud de la polycrise. Sur la biodiversité, il faut faire entrer le capital naturel dans la comptabilité des entreprises pour réaligner le concept de profit avec le respect des limites planétaires. Là où le signal-prix ne suffit pas à orienter l'économie, la norme doit prendre le relais pour bâtir une économie circulaire et efficace. Enfin, pour réconcilier le temps long qu'exigent ces mesures structurelles et le besoin d'amorcer la transition dès demain, des incitations transitoires devront être mises en place.

    Pour tenir le cap dans la durée, il doit s'inscrire dans un nouveau récit fédérateur, redonnant à chacun l'espoir d'un présent désirable et d'un futur habitable. Si l'écologie est devenue un marqueur de camp politique, instrumentalisé et clivant, elle rejoint en réalité l'intérêt de tous : la souveraineté, la sécurité, la santé, le terroir, la nature, la prospérité et la transmission d'un monde vivable. En faire un projet de cohésion suppose de défendre les faits communs que la désinformation et le cynisme politique dissolvent. L’'éducation en est le rempart le plus durable. Ce récit doit enfin fédérer par-delà les frontières et les générations : la transition doit bâtir la stabilité géopolitique du monde de demain en soutenant le développement des pays du Sud sans reproduire les dynamiques extractives du passé, et refonder le pacte entre les âges, en donnant voix et poids à ceux qui subiront le plus longtemps les conséquences des décisions d’aujourd’hui.

    Face aux limites planétaires, il ne s’agit donc ni d’organiser l’effondrement de la prospérité ni de poursuivre un modèle qui détruit ses propres conditions d’existence. Il s’agit de réconcilier prospérité et habitabilité en mobilisant un État stratège, en réécrivant les règles économiques et en reconstruisant un récit commun fondé sur la justice. En portant la construction du nouveau paradigme économique, social et géopolitique de l'anthropocène, l’Europe tiendrait là l’occasion de renouer avec l’Histoire.

    | Pour aller plus loin

    • Quelles solutions pour ralentir les crises écologiques ? | Lire la vue d'ensemble
    • Comment interagissent les crises écologiques avec les autres pans de la polycrise ? | Revenir à l'étude générale
    • Face à la polycrise, engager le grand investissement avant la grande transmission pour refonder le pacte intergénérationnel | Lire la recommandation générale
  • Ralentir les crises écologiques

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  • Recommandation générale
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    Ralentir les crises écologiques
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    Télécharger l'étude intégrale

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