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COMBATTRE LA POLYCRISE

« Le risque climatique est un risque financier et les entreprises doivent être incluses dans l’équation » rappelle Guillaume RICHET-BOURBOUSSE

Entretien intégré à la partie « Crises écologiques » de l'étude « Combattre la polycrise »

· Polycrise,Crises écologiques

Responsable de la méthodologie « Indicateur Climat » à la Banque de France, Guillaume Richet-Bourbousse pilote la conception d'un outil de diagnostic climatique gratuit et volontaire destiné aux entreprises françaises. Cet indicateur couvre en 2026 neuf secteurs et vise à terme 30 000 entreprises, soit 50 à 60 % des émissions de gaz à effet de serre territoriales. L’outil permet de combler une défaillance de marché structurelle pour les PME et ETI, insuffisamment équipées pour mesurer leur empreinte carbone. Il pourrait servir de benchmark afin d’établir des grands principes méthodologiques concernant l’analyse de la transition des entreprises.

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La Banque de France a lancé en 2022 un « indicateur climat » pour les entreprises — une initiative unique en Europe. Quelle est la logique qui sous-tend cette démarche, et quel est son périmètre réel ?

L'indicateur climat, c'est avant tout un outil de diagnostic. Il n’est pas un outil de conseil, ni un instrument de financement. Il s’inscrit pleinement dans le mandat de stabilité financière de la Banque de France puisque les risques climatiques sont reconnus comme étant des risques financiers.

Concrètement, avec cet outil, nous évaluons deux dimensions. Premièrement, la trajectoire de décarbonation de l'entreprise, est-elle alignée sur un scénario 1,5°C ? Deuxièmement sa maturité d'adaptation face aux aléas climatiques à venir.

La méthodologie a été construite avec l'ADEME et Météo France, en cohérence avec les scénarios de l’Agence internationale de l’énergie et le protocole GHG. Après une phase de développement, il couvre six secteurs en 2026 (transport, foncier, construction, ciment, production d’électricité, pétrole et gaz). Trois autres sont envisagés (aluminium, chimie, , construction de véhicules). À terme, l’indicateur pourrait cibler environ 30 000 entreprises, représentant 50 à 60 % des émissions de gaz à effet de serre en France.

Son indépendance et son uniformité rend l’indicateur unique. C’est la banque centrale qui l'émet, pas un cabinet de conseil : 100 analystes formés sur l'ensemble du territoire appliquent la même méthodologie. Il est aussi gratuit, ce qui répond précisément à une défaillance de marché : pour la transition vers une économie bas carbone, il faut embarquer toutes les entreprises, y compris les PME et ETI.

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Lors de la première campagne en 2024, seulement 25 % des entreprises ont répondu. Que révèle ce taux sur la maturité réelle du tissu entrepreneurial français face aux enjeux climatiques ?

Avoir un taux de retour de 20% pour un indicateur déployé sur base volontaire : c’est bien !

Mais il y a aussi des entreprises qui refusent explicitement la démarche. Les raisons invoquées sont d'abord le manque de temps, puis le manque de compétences internes, enfin le manque d'intérêt. Les PME dirigées par un seul patron n'ont ni chargé des politiques ESG (environnement, social et gouvernance) ni données carbone facilement mobilisables. Toutefois, nous ne sentons pas de remise en cause de l’importance de ces sujets.

Ce qui peut changer la donne à terme, c'est potentiellement la pression des banques. La réglementation CRD 6 impose désormais aux établissements bancaires la réalisation de plans de transition. Les institutions financières vont devoir mesurer les émissions carbone associées à leurs prêts. De facto, la pression va remonter vers les entreprises emprunteuses.

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Toutefois, 3.000 entreprises ont accepté de participer à cet indicateur et 73 % d’entre elles sont prêtes à le mettre à jour dans les années à venir.

Comment articule-t-on concrètement le diagnostic climatique d'une PME avec le risque financier pris par une banque ? La notation de crédit va-t-elle intégrer le risque climatique ?

La cotation financière de la Banque de France, c'est notre mission historique depuis quarante ans : évaluer la probabilité qu'une entreprise rembourse son prêt à l’horizon 1 an. Depuis 2025, cette cotation intègre une dimension risque climatique.

L'indicateur climat, lui, regarde les émissions carbone sur un horizon de trois à cinq ans, sans perspective financière directe.

Les deux outils sont complémentaires : la cotation mesure le risque financier à court terme, l'indicateur dessine le risque à moyen terme. Ensemble, ils permettent à une banque d'avoir une vision complète de la réalité climatique d'une entreprise.

Pour l'instant, il n'y a pas de capital réglementaire spécifiquement requis face au risque climatique d'un prêt. Notre position, c'est de fournir le bon diagnostic, pas de dicter les décisions d'investissement.

Le rôle de la Banque de France n’est pas de choisir quels secteurs doivent être financés ; ce sont des décisions politiques décidées par les autorités constituées. Nous fournissons une information à la disposition des entreprises et potentiellement des financeurs.

Cet indicateur pourrait-il être utilisé par d’autres banques centrales ?

L’indicateur climat est développé par la Banque de France dans le cadre de ses missions de service à l’économie. Ces missions s’ancrent dans un cadre plus national qu’européen

Toutefois, nous avons des échanges avec d'autres banques centrales nationales pour leur présenter notre approche et aussi voir dans quelle mesure la méthodologie pourrait être reprise.

Pour le moment, ce sont des échanges de principe : comment se mettre d’accord au niveau international sur des grands principes méthodologiques concernant l’analyse de la transition des entreprises.

Proposition : établir au niveau international des grands principes méthodologiques concernant l’analyse de la transition des entreprises.

La Banque de France est reconnue comme la « banque centrale la plus verte du G20 ». Est-ce que cela tient à l'indicateur climat, ou à un engagement institutionnel plus large ?

C'est un ensemble. Le NGFS, le Réseau des banques centrales pour le verdissement du système financier créé en 2019 lors du One planet Summit, a son secrétariat assuré par la Banque de France.

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La BCE a décidé en juillet 2025 de verdir son collatéral de politique monétaire, ce qui signifie que les banques voulant se refinancer devront montrer la réalité climatique des dettes qu'elles apportent.

La gouvernance, l'engagement de supervision, les rapports de durabilité, les discours du gouverneur : tout cela participe à la reconnaissance.

Mais humblement, ce qui compte c'est que la logique soit cohérente. On n'est pas là pour choisir les gagnants de la transition. On est là pour contribuer à ce que d’une part le bon argent soit mis au bon endroit avec la bonne prime de risque et que d’autre part chacun ait connaissance de son exposition au risque climatique.

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L'indicateur climat couvre aujourd'hui la transition carbone et partiellement l'adaptation. Intégre-t-il d'autres dimensions de la crise écologique, notamment la biodiversité ?

Pour l'instant, la réponse est non. La biodiversité, ce n'est pas notre indicateur.

Mais ce qu'on essaie de prendre en compte, c'est le principe « do no significant harm » de la taxonomie européenne. Nous souhaitons nous assurer que notre diagnostic sur la transition ne pousse pas à de la mal-adaptation, et vice versa. C'est un premier niveau d'articulation.

La mesure de l'empreinte biodiversité d'une entreprise est structurellement plus complexe que la mesure carbone. Il n'existe pas encore d'équivalent des périmètres d’émission 1-2-3 appliqué au vivant. Les quelques indicateurs qui émergent, le Global Biodiversity Score, les approches de l'ISSB, ne font pas encore consensus. La pression réglementaire pourrait s'accroître avec la CSRD, mais il faudra plusieurs années pour que se stabilise une méthodologie robuste à l'échelle d'une banque centrale.

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L’Institut Open Diplomacy, fondé en 2010 par Thomas Friang, est un think tank reconnu pour ses travaux d’intérêt général. En 2025, face à l’accumulation de crises géopolitiques, écologiques, économiques et politiques qui s’aggravent mutuellement, il s’est donné pour mission de « comprendre et combattre la polycrise ».

Pour mener à bien cette mission, l’Institut a tout d'abord mobilisé plus de dix co-auteurs et trente experts autour d’une analyse des quatre grandes crises systémiques et de leurs interactions. Le fruit de ces travaux a été publié dans un premier rapport, Comprendre la polycrise : précis de lucidité pour négocier un tournant historique. Cette étude, parue à l’occasion du 15ᵉ anniversaire de l’Institut, a également posé les fondements du Sommet du Y7, organisé du 17 au 20 mai autour du thème « Combattre la polycrise ».

Afin de prolonger cette réflexion et de valoriser les propositions formulées lors du Y7, l’Institut a ensuite mobilisé cinq co-auteurs, dix-sept contributeurs et trente-huit experts pour identifier des solutions concrètes pour combattre la polycrise. Présentée le 9 octobre à la Maison de l’Europe, cette nouvelle étude est divisée en quatre grandes parties - intégrer les déséquilibres démographiques | endiguer les bouleversements géopolitiques | ralentir les crises écologiques | prévenir les ruptures technologiques - et est accessible dans son intégralité en ligne via ces pages.

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