• | Accueil
  • | Nos activités 
    • • Nos délégués Y7/Y20
    • • Nos événements
    • • Nos publications
    • • Y7 2026
  • | Nos actualités
  • | Polycrise 
    • 9/10 - Combattre la polycrise
    • Comprendre la polycrise
    • Combattre la polycrise
  • | À propos 
    • • Notre mission
    • • Notre gouvernance
    • • Nos experts
    • • Nos partenaires
  • …  
    • | Accueil
    • | Nos activités 
      • • Nos délégués Y7/Y20
      • • Nos événements
      • • Nos publications
      • • Y7 2026
    • | Nos actualités
    • | Polycrise 
      • 9/10 - Combattre la polycrise
      • Comprendre la polycrise
      • Combattre la polycrise
    • | À propos 
      • • Notre mission
      • • Notre gouvernance
      • • Nos experts
      • • Nos partenaires
COLLOQUE POLYCRISE
  • | Accueil
  • | Nos activités 
    • • Nos délégués Y7/Y20
    • • Nos événements
    • • Nos publications
    • • Y7 2026
  • | Nos actualités
  • | Polycrise 
    • 9/10 - Combattre la polycrise
    • Comprendre la polycrise
    • Combattre la polycrise
  • | À propos 
    • • Notre mission
    • • Notre gouvernance
    • • Nos experts
    • • Nos partenaires
  • …  
    • | Accueil
    • | Nos activités 
      • • Nos délégués Y7/Y20
      • • Nos événements
      • • Nos publications
      • • Y7 2026
    • | Nos actualités
    • | Polycrise 
      • 9/10 - Combattre la polycrise
      • Comprendre la polycrise
      • Combattre la polycrise
    • | À propos 
      • • Notre mission
      • • Notre gouvernance
      • • Nos experts
      • • Nos partenaires
COLLOQUE POLYCRISE

« Nous arrivons au terme de ce que l’Accord de Paris a pu permettre. Il est nécessaire de rendre l’action climatique contraignante au sein d’une coalition des volontaires. » observe Adrien FABRE

Entretien intégré à la partie « Crises écologiques » de l'étude « Combattre la polycrise »

· Polycrise,Crises écologiques

Adrien Fabre, chercheur CNRS en économie au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (CIRED), travaille à l'intersection de l'économie du climat, des préférences politiques, de la fiscalité internationale et des enjeux de redistribution. Normalien, docteur de la Paris School of Economics, il fonde en 2023 l'association de plaidoyer Global Redistribution Advocates et publie en 2024 « Un plan mondial pour le climat et contre l'extrême pauvreté ». Ses travaux lui valent en 2025 le prix « Jeunes chercheurs en finance verte » de la Banque de France. Dans cet entretien, il porte un constat lucide sur la gouvernance climatique mondiale et sur les limites de la décision par consensus qui régit les COP. Face à ces limites, il trace une voie concrète pour rendre l'action climatique contraignante, la Fossil-Free Union : une large coalition des volontaires, fondée sur un budget carbone partagé et un marché de quotas d'émission. Une architecture qu'il pense gagnante-gagnante, qui réaligne la trajectoire de ses membres sur l'Accord de Paris, génère des transferts Nord-Sud et, ses enquêtes l'attestent, recueille un soutien citoyen majoritaire dans tous les pays.

Section image

Dix ans après l’Accord de Paris, sommes-nous à la hauteur de nos engagements climatiques ?

Il faut d’abord rappeler ce qu’est l’Accord de Paris : un accord fondé sur un objectif climatique commun. La quasi-totalité des pays du monde s’y sont entendus pour contenir le réchauffement nettement en dessous de 2 °C et poursuivre les efforts en vue de le limiter à 1,5 °C. Cet accord est universel, même si certains États en sortent et y reviennent au gré des alternances politiques. Disposer d’un objectif partagé à l’échelle planétaire fut une étape historique.

Section image

Malgré cet accord universel et ambitieux, nous restons ß, bien qu’une partie du chemin ait été parcourue. Avant 2015, le monde était engagé sur une trajectoire menant à un réchauffement d’environ 4 °C, avec des émissions en hausse continue. L’Accord a marqué un tournant réel. Tous les cinq ans, les signataires s’engagent à publier leurs contributions déterminées au niveau national (CDN) qui exposent leur trajectoire d’émissions et leurs objectifs pour la décennie suivante. La somme de ces contributions place désormais le monde sur une trajectoire de +2,6 °C à l’horizon 2100. C’est une inflexion nette par rapport à l’avant-Paris, mais une trajectoire qui demeure très insuffisante au regard de l’objectif.

Nous accusons également un retard sur la finance climatique. En 2020, un premier objectif de 100 milliards de dollars par an de flux financiers du Nord vers le Sud avait été fixé ; il a été atteint quelques années après l’objectif fixé, puis renégocié à la COP29 de Bakou pour atteindre 300 milliards par an d’ici 2035. Deux nuances majeures s’imposent cependant.

D’abord, ces 100 milliards n’incluent pas que des dons : les trois quarts de la finance climatique comptabilisée aujourd’hui est sous forme de prêts. Or, un prêt engage bien moins un pays du Nord, car il comporte certes un risque, mais l’investissement est dans la plupart des cas récupéré, avec un bénéfice à la clé. La dette créée pèse en revanche lourdement sur les pays du Sud Global.

Ensuite, les montants négociés restent très en deçà des demandes du Sud Global. L’Inde, parlant au nom de nombreux pays en développement, réclamait 600 milliards par an, uniquement sous forme de dons ; les associations non gouvernementales plaidaient elles pour 1 000, voire 5 000 milliards. Surtout, les nouveaux 300 milliards négociés sont en réalité peu ambitieux. En intégrant les prêts, ils seront pour l’essentiel atteints par les seules réformes en cours des banques multilatérales de développement, qui révisent leur appréciation du risque et optimisent leurs bilans pour accroître leur capacité de prêt. Autrement dit, ils n’exigent quasiment aucun effort supplémentaire des pays du Nord.

Section image

Le cadre de mise en œuvre de l’Accord de Paris vient d’être finalisé. Disposons-nous désormais d’un dispositif opérationnel ?

Il aura fallu dix ans pour négocier les modalités d’application après sa signature. Les règles de coopération sur les marchés de crédits carbone, définies à l’article 6.2 de l’Accord, ont été finalisées fin 2024 à la COP29. Nous disposons donc d’un cadre abouti, celui de l’Accord de Paris, et il est là pour durer.

Cela ne signifie pas qu’il soit parfait. L’article 6.2 régit les échanges bilatéraux de réductions d’émissions : un pays qui réduit ses émissions peut soit comptabiliser ces réductions pour atteindre l'objectif de sa CDN, soit en autoriser le transfert à un autre État sous la forme d'ITMOs (Internationally Transferred Mitigation Outcomes). Ces réductions sont alors retirées de son propre bilan comptable et peuvent être utilisées par le pays acquéreur pour atteindre sa propre CDN. L’idée sous-jacente est intéressante : réduire les émissions là où c’est le moins coûteux accroît l’efficacité globale de l’action climatique.

Cependant, les règles d'échange présentent encore des lacunes importantes. Si elles encadrent les modalités de transfert des ITMOs, elles n'empêchent pas un État d'en autoriser le transfert alors même qu'il peine à atteindre les objectifs de sa propre CDN. Surtout, les États demeurent libres de fixer le niveau d'ambition de leur CDN : rien ne les oblige à adopter une cible compatible avec les objectifs de l'Accord de Paris. Un pays peut ainsi retenir un objectif peu exigeant et disposer d'une marge suffisante pour autoriser des transferts d'ITMOs tout en respectant formellement ses propres engagements.

Cette faiblesse se répercute directement sur le prix des ITMOs. Leur prix reflète le niveau d’ambition des CDN. Il correspond aujourd’hui à un prix du carbone cohérent avec une trajectoire à +2,6 °C. Ce prix est donc, de fait, trop faible pour orienter les investissements au niveau requis.

Section image

Si le cadre de l’Accord de Paris est imparfait, faut-il le renégocier ? Que peut-on encore attendre des prochaines COP ?

Non. Je ne crois pas productif de renégocier un accord que les diplomates ont mis plus de vingt ans à conclure, et dont la finalisation des détails a encore exigé dix ans. Encore moins dans le contexte international actuel, où une réouverture des négociations se traduirait très certainement par une régression de l’ambition. L’Accord de Paris est ce qu’il est, avec ses imperfections, et nous devons désormais composer avec lui.

L'Accord de Paris avait fixé un cap ambitieux, et nous touchons peut-être aujourd'hui aux limites de ce que les négociations internationales peuvent produire lors des COP. Les décisions y étant prises à l'unanimité, il suffit de quelques États récalcitrants pour que l'ambition soit ramenée au plus petit dénominateur commun. La règle du consensus a fonctionné dans le monde de 2015, mais aujourd'hui elle bride toute ambition supplémentaire. En trente ans de négociations, les pays ne sont par ailleurs jamais parvenus à s'accorder sur des règles de partage de l'effort, c'est-à-dire sur l’allocation des droits d'émission de chaque pays en fonction de son niveau de développement et de sa responsabilité historique. Je ne crois pas que les prochaines COP permettront de la trancher.

Section image

La clé du succès de l’action climatique internationale est peut-être ailleurs que dans les COP : construire une coalition des volontaires qui réaffirme l’ambition de contenir le réchauffement nettement sous 2 °C d’ici la fin du siècle, et qui se donne les moyens d’y parvenir.

Cette coalition serait ouverte aux États, voire aux entités fédérées, qui ont encore envie d’avancer sur la question climatique, conscients du risque que le dérèglement climatique fait peser sur leur prospérité future. Elle s’appuierait sur l’Accord de Paris comme socle, tout en en corrigeant collectivement les défauts. Elle s’engagerait d’abord à ce que la trajectoire d’émissions de l’ensemble du groupe soit compatible avec un monde sous 2 °C , puis mettrait en place les mécanismes nécessaires pour tenir cette trajectoire. J’ai consacré plusieurs travaux à cette coalition, que j’appelle la Fossil-Free Union (union sans énergies fossiles).

Section image

L’idée de continuer d’avancer avec une coalition des volontaires gagne de l’ampleur sur la scène internationale compte tenu de la fragmentation géopolitique croissante et de l’impossibilité de continuer de traiter des sujets climatiques avec certains gouvernements. Une coalition garantit un seuil minimal d’ambition et rend les engagements contraignants. En 2015, le prix Nobel d’économie William Nordhaus proposait déjà un « club climatique » réunissant les volontaires autour d’un prix commun du carbone.

Quels mécanismes la Fossil-Free Union mettrait-elle en place pour réduire les émissions au rythme exigé par l'Accord de Paris ?

Une fois les objectifs d’émissions fixés, la Fossil-Free Union instaurerait un mécanisme de réduction de la demande d’énergie fossile qui s’articulerait autour de trois piliers clés :

  1. Un marché carbone, fondé sur un système d'échange de quotas d'émission couvrant l'ensemble des secteurs de l'économie à l'exception de l'agriculture ;
  2. Un ajustement carbone aux frontières, appliquant le coût du carbone aux importations et le restituant aux exportations ;
  3. Une redistribution équitable des revenus du carbone aux États membres de la coalition, leur permettant de rendre la transition socialement acceptable.

Très concrètement, comment fonctionnerait la Fossil-Free Union ?

Chaque membre, qu'il s'agisse d'un État ou d'une entité infranationale, se verrait attribuer un budget carbone couvrant la période qui va de la création de l'Union à l'atteinte de la neutralité. À l'intérieur de cette enveloppe, chacun resterait libre de définir sa propre trajectoire d'émissions.

Le budget total de la coalition serait calculé pour respecter les engagements de l'Accord de Paris. Les membres ne sont pas tenus de compenser les émissions des non-volontaires, seulement d'assumer leur juste part. Ce budget serait ensuite réparti au prorata de la population. Cette clé garantit que les pays du Sud global, dont les émissions par habitant sont aujourd'hui très inférieures à celles du Nord, disposeraient d'un budget supérieur à leurs besoins. Une répartition plus juste serait envisageable, tenant compte de la responsabilité historique de l’ensemble des pays, mais une distribution proportionnelle à la population paraît plus réaliste politiquement.

Un comité scientifique pourrait être institué afin de vérifier que la trajectoire globale respecte l’Accord de Paris et d’arbitrer d’éventuels litiges.

Un marché carbone fondé sur un système d'échange de quotas d'émission serait ensuite déployé dans l’Union. Un tel marché existe déjà au sein de l'Union européenne, même si sa première phase, jusqu'en 2028, ne couvre que la production d'électricité, la grande industrie, l'aviation et le maritime. Chaque année, un volume de quotas correspondant à la trajectoire de la Fossil Free Union serait mis aux enchères, et toute entreprise opérant dans l'Union devrait acquérir les quotas couvrant ses émissions, sous peine de lourdes sanctions.

Section image

Ce dispositif serait complété d'un ajustement aux frontières : des quotas seraient exigés pour les émissions des biens importés, pour éviter la délocalisation des émissions, et restitués pour les biens exportés, afin de ne pas pénaliser les entreprises de l'Union sur les marchés extérieurs.

Enfin, chaque année, les États membres recevraient une part des revenus du marché carbone proportionnelle à leur budget carbone annuel. Les pays du Sud, dont les émissions sont inférieures au budget attribué, percevraient davantage de revenus que leurs entreprises ne paieraient pour leurs quotas. Les membres devraient utiliser les recettes de façon traçable, afin de financer des transferts compensatoires, des services publics, de la protection sociale, ou des infrastructures vertes.

Pourquoi privilégier un marché d’échange de quotas d’émission plutôt qu’une taxe carbone au sein de la coalition ?

S’il existe un consensus relativement large sur la nécessité d’internaliser le coût du carbone pour respecter nos engagements climatiques, il existe plusieurs approches pour le faire. La taxe carbone et le principe de cap and trade (plafonnement et échange de droits d’émission) en sont les deux principales.

Le marché d’échange de quotas d’émission a été retenu pour la Fossil-Free Union pour deux raisons. D’abord, instaurer une taxe à l’échelle d’une coalition soulève des difficultés juridiques susceptibles d’en compromettre la mise en œuvre. Au sein de la seule Union européenne déjà, un marché carbone est juridiquement plus simple à établir qu’une taxe. Ensuite, si la taxe a l’avantage d’offrir de la visibilité, permettant à chacun d’anticiper son coût des années à l’avance, elle ne garantit pas l’atteinte de l’objectif d’émissions. La modélisation permet d'estimer comment l'économie réagira à chaque niveau de prix, mais cette réaction reste incertaine. Un marché fondé sur le principe du cap and trade, à l’inverse, assure le respect de la trajectoire fixée. Son inconvénient est l’incertitude sur le prix, déterminé par l’offre et la demande, qui contraint les industriels à planifier à partir de projections. C’est un compromis que je juge préférable, car c’est la trajectoire qui doit être garantie, et donc le niveau de réchauffement climatique.

Section image

Le débat public privilégie souvent l'action sur l'offre, arrêter d'extraire les énergies fossiles, fermer les puits. Vous avez fait le choix inverse pour la Fossil-Free Union, agir sur la demande. Pourquoi ?

Réduire l’offre suppose l’accord et la coopération des pétro-États, qui n’y ont aucun intérêt. Pire : en contractant l’offre, on organise la pénurie en laissant les prix s'envoler qui finiront par détruire la demande. Cette hausse des prix profite avant tout aux pays exportateurs en gonflant leur rente. En agissant sur la demande, le prix des énergies fossiles augmente aussi pour les consommateurs, du fait de l’internalisation du coût du carbone. En revanche, cette fois, le surcoût reste capté à l'intérieur de la coalition, sous forme de recettes fiscales redistribuables de manière équitable. C'est toute la différence : la valeur demeure dans la coalition au lieu d'être transférée aux rentiers du fossile, et ces revenus permettent de rendre la transition plus soutenable et acceptable pour les citoyens. À terme, la baisse de la demande transforme mécaniquement les puits de pétrole en actifs échoués.

Section image

La captation des revenus carbone par la Fossil-Free Union permettrait notamment de financer des subventions ciblées vers les ménages, justifiées à deux titres. D'abord, elles aideraient les plus modestes à adopter les technologies bas carbone, pompes à chaleur, véhicules électriques, rénovation thermique des bâtiments, et éviteraient qu'ils soient exclus de la transition, contraints de subir le prix du carbone sans pouvoir y échapper. Ensuite, l'internalisation du prix du carbone produit des effets distributifs horizontaux : à niveau de vie égal, un citadin bien desservi et un actif contraint de prendre sa voiture pour travailler, verraient leurs situations diverger. Les subventions ciblées permettraient donc de répartir justement les coûts de la décarbonation.

Section image

Ces subventions gagneraient à être prolongées par l'investissement public dans les infrastructures de la transition : transports en commun, pistes cyclables, réseaux de chaleur urbaine. Ce financement supplémentaire pourrait être assuré en mobilisant les plus hauts patrimoines, par exemple via une taxe inspirée des travaux de l'économiste Gabriel Zucman.

Quels pays auraient intérêt à rejoindre la Fossil-Free Union ?

Une majorité de pays y gagneraient : c’est une coalition gagnante-gagnante. Mes travaux montrent que tous les pays à bas et moyens revenus, ainsi que tous les pays à hauts revenus dotés d’une ambition climatique sérieuse, verraient leur niveau de bien-être augmenter. Sont donc candidats les pays africains, d’Amérique centrale et du Sud, d’Asie centrale et du Sud-Est, l’Inde, la Chine, ou encore l’Union européenne. Pour la plupart de ces États, le budget carbone qui leur serait attribué suffirait au moins à maintenir le statu quo. Tous y gagneraient, mais pour des raisons différentes selon leur profil :

  • Les pays à bas revenus recevraient des transferts nets positifs, en provenance des revenus carbone générés par les grands émetteurs de la coalition : une ressource supplémentaire et stable pour financer leur développement.
  • Les pays d’Asie de l’Est, forts d’une importante capacité industrielle dans les technologies bas carbone, tournant parfois à la surcapacité, trouveraient des acheteurs pour ces produits.
  • Les pays du Nord bénéficieraient des gains d’efficacité permis par l’échange international de quotas, qui abaisse le coût de leur transition.
  • L’ensemble du monde, enfin, profiterait de l’atténuation du changement climatique résultant de l’effort collectif.

La Fossil-Free Union ne risque-t-elle pas d'être trop lourde administrativement pour les pays en développement ?

En l’état actuel, oui, sa mise en place serait difficile. Mais ces institutions exigeraient dix à quinze ans avant d’être pleinement négociées puis déployées. À cette échelle de temps, le projet est tout à fait réaliste. Il ne faut pas sous-estimer la vitesse des progrès institutionnels, d’autant que de nombreuses banques multilatérales de développement soutiennent précisément le renforcement des capacités des pays en développement.

Malgré les difficultés apparentes que pose la mise en œuvre de transferts monétaires directs à des personnes vivant dans des zones reculées ou ne disposant pas d’un état civil, des solutions existent. L’Inde a, par exemple, déployé un système d’identification biométrique couvrant 99 % de sa population en moins de sept ans. Par ailleurs, il n’existe aujourd’hui aucune difficulté technique insurmontable. Même dans les zones rurales les plus isolées d’Afrique subsaharienne, les citoyens pourraient percevoir les revenus du carbone directement sur leur téléphone portable. Les montants versés seraient d’ailleurs largement suffisants pour compenser le coût d’acquisition de l’appareil.

Il est même possible de voir ces exigences administratives comme une opportunité. En versant directement aux femmes des foyers modestes des subventions pour des combustibles de cuisson propres, via son programme PMUY, l’Inde a incité nombre d’entre elles à ouvrir un compte bancaire, soutenant ainsi leur émancipation. Un programme de subventions ambitieux a donc été un catalyseur de progrès social et institutionnel.

Pensez-vous que cette coalition des volontaires serait soutenue par les citoyens ?

Oui, très largement, et je renvoie ici à mes travaux académiques. Une première enquête, publiée dans Nature Human Behaviour, repose sur un sondage mené auprès de plus de 40 000 personnes dans 20 pays à hauts et moyens revenus, qui concentrent ensemble près des trois quarts des émissions mondiales de CO₂. Elle révèle que la majorité des citoyens interrogés préfèrent une action climatique mondiale à une action purement nationale. Le soutien est tout aussi net pour un système global d'échange de quotas d'émissions compatible avec l'objectif de 2 °C. Interrogés sur la manière de répartir ces quotas entre pays, les répondants favorables à ce mécanisme dégagent un consensus très net en faveur d'une allocation égale par habitant des droits d'émission, résultat que confirment d'autres enquêtes de la littérature scientifique. Le sondage met également en évidence le soutien des citoyens à une taxe mondiale sur la richesse destinée à financer les pays à faible revenu.

Section image

Une seconde enquête, menée auprès de plus de 8 000 personnes aux États-Unis et dans quatre pays européens, a présenté aux répondants un « plan mondial pour le climat » relativement proche de la Fossil-Free Union : un prix mondial du carbone finançant un transfert universel de 30 dollars par mois et par personne, permettant d’éradiquer l’extrême pauvreté. Nous précisions aux répondants, lors de l’enquête, que la hausse des dépenses liée à l’augmentation du prix des énergies fossiles ne serait que partiellement compensée par ce transfert, et indiquions le coût moyen pour les ménages : 85 dollars par mois aux États-Unis, 20 livres sterling au Royaume-Uni. Malgré cela, 54 % des Américains et 76 % des Européens se déclaraient favorables. Plus de 60% des personnes interrogées dans cette étude sont également favorables à une augmentation de l’aide au développement de leur pays à condition que cet argent soit utilisé à bon escient et que les autres pays développés augmentent également leur aide en parallèle. Diverses méthodes expérimentales confirment enfin que ce soutien à la redistribution mondiale est sincère, et non un simple effet de déclaration.

Section image

Comment situer la Fossil-Free Union dans le contexte plus large de la polycrise ? Ne risque-t-elle pas d’attiser les tensions commerciales ?

Elle réduirait les tensions commerciales à l’intérieur de la coalition et les accroîtrait sans doute entre membres et non-membres. Grâce à l'ajustement aux frontières, et notamment à la restitution des quotas à l'export, les entreprises de l'Union ne subiraient aucun désavantage compétitif sur les marchés extérieurs. En revanche, les pays externes perdraient en compétitivité sur les marchés des pays membres s’ils ne réduisaient pas leurs propres émissions. Au-delà d’une certaine masse critique de pays rejoignant la coalition, cette perte de compétitivité pourrait inciter de nouveaux pays à rejoindre la Fossil-Free Union. Cette tension commerciale est peut-être la clé d’une décarbonation plus ambitieuse au niveau international.

La Fossil-Free Union offre donc un moyen crédible de réduire les émissions et de réaligner la trajectoire mondiale sur l’Accord de Paris. Or, en limitant le changement climatique, la coalition désamorce une large part des tensions géopolitiques, économiques et politiques à venir. Je suis convaincu que répondre aux demandes de justice entre Nord et Sud sera décisif pour l’avenir : c’est la condition d’une coopération internationale qui tienne. Dans un monde fracturé par la polycrise, donc, la Fossil-Free Union se situe du côté des solutions sérieuses.

Section image
Section image

L’Institut Open Diplomacy, fondé en 2010 par Thomas Friang, est un think tank reconnu pour ses travaux d’intérêt général. En 2025, face à l’accumulation de crises géopolitiques, écologiques, économiques et politiques qui s’aggravent mutuellement, il s’est donné pour mission de « comprendre et combattre la polycrise ».

Pour mener à bien cette mission, l’Institut a tout d'abord mobilisé plus de dix co-auteurs et trente experts autour d’une analyse des quatre grandes crises systémiques et de leurs interactions. Le fruit de ces travaux a été publié dans un premier rapport, Comprendre la polycrise : précis de lucidité pour négocier un tournant historique. Cette étude, parue à l’occasion du 15ᵉ anniversaire de l’Institut, a également posé les fondements du Sommet du Y7, organisé du 17 au 20 mai autour du thème « Combattre la polycrise ».

Afin de prolonger cette réflexion et de valoriser les propositions formulées lors du Y7, l’Institut a ensuite mobilisé cinq co-auteurs, dix-sept contributeurs et trente-huit experts pour identifier des solutions concrètes pour combattre la polycrise. Présentée le 9 octobre à la Maison de l’Europe, cette nouvelle étude est divisée en quatre grandes parties - intégrer les déséquilibres démographiques | endiguer les bouleversements géopolitiques | ralentir les crises écologiques | prévenir les ruptures technologiques - et est accessible dans son intégralité en ligne via ces pages.

Billet précédent
« L’arsenalisation des flux financiers menace la stabilit...
Billet suivant
« Le risque climatique est un risque financier et les...
 Revenir au site
Photo de profil
Annuler
Utilisation des cookies
Nous utilisons des cookies pour améliorer l'expérience de navigation, la sécurité et la collecte de données. En acceptant, vous consentez à l'utilisation de cookies à des fins publicitaires et d'analyse. Vous pouvez modifier vos paramètres de cookies à tout moment. En savoir plus
Accepter tout
Paramètres
Refuser Tout
Paramètres des Cookies
Ces cookies sont destinés pour des fonctionnalités de base telles que la sécurité, la gestion du réseau et l'accessibilité. Ces cookies ne peuvent pas être désactivés.
Ces cookies nous aident à mieux comprendre comment les visiteurs interagissent avec notre site web et nous aident à découvrir les erreurs de navigation.
Ces cookies permettent au site web de se souvenir des choix que vous avez faits afin de fournir une fonctionnalité et une personnalisation améliorées.
Enregistrer