Bertrand Badré est le fondateur et managing partner de Blue like an Orange Sustainable Capital, fonds d'investissement dédié au financement du développement durable dans les marchés émergents. Inspecteur des finances, il a exercé des fonctions de haut niveau dans de nombreuses institutions financières avant d'occuper les fonctions de directeur général et directeur financier de la Banque mondiale. Il est également l'auteur de plusieurs ouvrages sur la finance et le développement, dont Can Finance Save the World ? Dans cet entretien, il dresse le bilan des dix ans de l'Accord de Paris et des ODD, Son diagnostic est lucide : les ODD et nos engagements climatiques sont globalement en retard ou régressent, et l'illusion du « grand soir » climatique a cédé la place à un monde plus fragmenté, plus militarisé, où les priorités concurrentes sont réelles et ne peuvent être écartées d'un revers de main. Face à ce constat, il plaide non pas pour une liste de mesures, mais pour un cap : la transformation profonde des règles comptables, des standards de gouvernance et des normes de reporting, seul moyen de réorienter structurellement les flux financiers vers la durabilité.
Dix ans après l’Accord de Paris et l’adoption des objectifs de développement durable, quel bilan lucide peut-on dresser ?
La première chose à dire, c'est que ça ne s'est pas passé comme prévu. Que ce soit sur le climat ou plus généralement sur les Objectifs de Développement Durable (ODD), nous sommes globalement soit en retard, soit nous régressons. Personne n'anticipait fin 2015, quand on voyait Xi Jinping et Barack Obama se serrer la main à la Maison-Blanche, que six mois plus tard il y aurait le Brexit, un an plus tard la première élection de Trump, et dix-huit mois plus tard le 19e Congrès du Parti communiste chinois marquant le début d'une posture chinoise beaucoup plus assertive sur la scène internationale. Ces trois chocs successifs ont écarté les plaques tectoniques.
Il faut également rappeler la faiblesse structurelle de l'Accord de Paris : non contraignant, non financé dès l'origine. En 2015, établir un mécanisme coercitif était inenvisageable dans l'état de la société internationale. Aujourd'hui, ça l'est encore moins. Mais c'est aussi là que réside la beauté de l'exercice. En 2015, nous avions une humanité unanime qui disait « on part dans cette direction, et tous les cinq ans on améliore les objectifs ». C'était fragile, c'était ambitieux, mais ce n'est malheureusement pas allé aussi loin qu'espéré.
Cela dit, le tableau n'est pas entièrement négatif. En 2015, les trajectoires de référence projetaient un réchauffement proche de +4°C par rapport à l'ère préindustrielle. Aujourd'hui, on se situe plutôt autour de +3°C : c'est toujours catastrophique, mais c'est un degré de moins. Surtout, la vraie différence entre 2015 et aujourd'hui, c'est que plus personne ne peut dire « je ne sais pas » et plus personne ne peut dire « je ne peux pas ». Nous avons construit un socle de références communes, mis en place des mécanismes de suivi, ancré dans les consciences collectives des enjeux qui étaient largement ignorés du grand public comme des marchés financiers. Cela n'a pas suffi à déclencher une action universelle, mais il s'est tout de même passé des choses, et ça reste positif.
Aujourd’hui, il faut regarder la géographie actuelle avec lucidité. Les États-Unis ont officiellement quitté la course, mais dans la réalité, y compris au Texas, ils ne l'ont pas complètement abandonnée. L'Europe est partie de manière très ambitieuse avec le Green Deal, touchant tous les compartiments du jeu : CSRD, SFDR, taxonomie, tout avait été repensé. Elle s'aperçoit qu'elle est allée un peu vite en besogne, de manière peut-être trop technocratique. Elle recule, elle simplifie, c'est confus, mais elle n'a pas fait marche arrière complètement. Et puis il y a le reste du monde, qui continue d'avancer. La Chine est à la fois au cœur du problème et au cœur de la solution. À la COP de Belém en 2025, elle a affirmé vouloir être la première puissance durable du 21e siècle.
La situation géopolitique mondiale s'est profondément tendue ces dernières années. Les guerres se succèdent, les gouvernements font face à des priorités concurrentes, et l'impulsion coopérative de 2015 s'est largement dissipée. C'est peut-être là l'ironie de l'histoire : la guerre, en imposant l'argument de la souveraineté énergétique – si je ne veux pas dépendre du détroit d'Ormuz, il faut que je fasse autre chose – est en train de donner à la transition renouvelable un levier que l'Accord de Paris n'avait pas su lui offrir.
La principale leçon de ces dix ans est finalement celle-ci : il n'y a plus, nulle part sur la planète, un seul acteur sérieux qui fonde sa stratégie de développement économique à long terme sur les énergies fossiles. Certains veulent exploiter leur avantage temporaire jusqu'au bout, c'est vrai des pays du Golfe comme des États-Unis, mais personne ne mise le siècle qui vient sur ces ressources.
Comment articuler l’urgence climatique avec un contexte mondial marqué par la remilitarisation et la fragmentation géopolitique ?
La question des priorités concurrentes est réelle, et il faut commencer par en prendre acte lucidement plutôt que de faire comme si elles n'existaient pas. C'est pourtant là que réside l'ironie cruelle de notre époque. Dans un article publié dans Project Syndicate il y a quelques mois, je soulignais que le monde allait dépenser près de 3 000 milliards de dollars en armements en 2025. C’est un record absolu, et l'ordre de grandeur des montants que nous devrions mobiliser chaque année pour financer la transition climatique mondiale. Si un historien examine notre époque dans un futur lointain, il notera avec stupéfaction que cette espèce qui se nomme Homo sapiens sapiens – sage deux fois, donc – a préféré consacrer 3 000 milliards à se détruire mutuellement plutôt qu'à sauver son habitat et sa postérité. Nous serons probablement une curiosité de l'évolution.
Ce n'est pas un appel au désarmement général, qui est une illusion. C'est un rappel que nous vivons dans un monde fondamentalement différent de celui de 2015 : moins coopératif, plus violent, plus compétitif. Il faut le prendre tel qu'il est, dans toute sa complexité, et non tel qu'on voudrait qu'il soit. Le mouvement de réarmement mondial n'est pas une distraction conjoncturelle. C'est une contrainte structurelle avec laquelle les décideurs doivent composer. La bonne question n'est donc pas « comment écarter ces priorités concurrentes », mais « comment rendre les objectifs climatiques compatibles avec ce monde-là ».
Dans ce contexte, quels sont les leviers clés à actionner pour réorienter les flux financiers nécessaires pour la transition écologique ?
Je résiste toujours à l'exercice des « mesures clés », parce qu'une liste de mesures sans cap ne mène nulle part. Le cap est plus important que les mesures. Et pour moi, ce cap, c'est la transformation des règles du système dans lequel on opère. Tant qu'on n'aura pas transformé nos approches comptables, nos critères d'allocation du capital et nos standards de gouvernance, on n'arrivera pas à réorienter les flux financiers nécessaires pour le climat et la biodiversité. C'est un chantier de trente à cinquante ans, un cap qu'il faut tenir sur la longueur malgré les changements de mode et l'émergence de priorités concurrentes.
Ce travail de fond peut se décomposer en trois étapes:
- La première, c'est de s'entendre sur les impacts qu'on entend évaluer : de quoi parle-t-on exactement, quels sont les indicateurs, comment les mesure-t-on, comment les rapporte-t-on, comment les compare-t-on ? Ce travail est en cours avec l'IFRS et l'ISSB au niveau international et l'ESRS et la CSRD en Europe, mais il est encore loin d'être achevé. Même sur les émissions de CO₂, il existe encore des différences de méthode significatives.
- La deuxième étape, une fois ces indicateurs définis, c'est d'être capable de leur mettre un prix.
- La troisième, c'est de les intégrer en comptabilité, faire en sorte qu'une entreprise qui émet beaucoup de carbone ou détruit des écosystèmes ait un compte de résultat qui le reflète.
Tant que ce travail n'aura pas été fait, tant qu'un investisseur peut se dire « je prends ta performance financière, et l'impact c'est cadeau », rien ne changera structurellement. Les règles comptables ne sont pas une vérité immuable, ce sont des conventions qui évoluent. On l'oublie souvent, mais le résultat d'une entreprise intègre déjà des évaluations largement conventionnelles et pourtant universellement acceptées : la valorisation d'actifs incorporels, la dépréciation du goodwill. Quand une entreprise annonce 15 milliards de dépréciation de goodwill, personne ne crie au scandale, il y a une méthodologie derrière, et on l'accepte. Rien n'empêche techniquement de construire une méthodologie équivalente pour le carbone ou la biodiversité, et de l'intégrer de la même façon dans les comptes.
Ces chantiers avancent malgré tout. En tant que membre du conseil de la Fondation IFRS, je vois que l'ISSB est en cours d'adoption par la quasi-totalité des juridictions mondiales, hors États-Unis. C'est un événement considérable, même si les États-Unis représentent environ 50 % du marché financier mondial. La plupart des pays en développement, par ailleurs, se rendent compte qu'ils peuvent sauter directement à l'étape durable pour des raisons de souveraineté, mais aussi parce que les coûts des technologies renouvelables ont radicalement changé depuis 2015, grâce notamment à la Chine.
Il reste un débat que nous avons du mal à tenir honnêtement : celui des pays émergents qui viennent de découvrir des ressources fossiles et qui n'ont pas d'autres moyens de financer leur développement. Le Sénégal, la Côte d'Ivoire, par exemple. Peut-on leur demander de ne pas les exploiter ? C'est une vraie question, et la réponse n'est ni tout blanc ni tout noir. Elle est probablement entre les deux, et elle mérite un débat sérieux plutôt que des postures.
En plus de transformer les règles de la comptabilité, serait-il pertinent d’établir une fiscalité avantageuse pour les entreprises à impact positif ?
Je suis toujours un peu méfiant vis-à-vis de la boîte à outils fiscale. On empile des dispositifs, et au bout d'un moment on finit par ne plus savoir très bien ce qu'on a construit. Ceci étant dit, une fiscalité avantageuse pour les entreprises à impact pourrait avoir du sens à court terme, en complément des travaux de fond que j'évoquais précédemment. Mais elle devrait rester temporaire, un signal envoyé au marché pour dire que la finance est en train de changer, pas un régime d'exception permanent.
Proposition : établir une fiscalité avantageuse pour les entreprises à impact de manière temporaire pour inciter le marché à investir ce marché.
Mon inquiétude serait alors qu'on bétonne la finance d'impact comme une niche tolérée en marge du système. Un peu comme quand on glisse un billet dans la quête le dimanche : on se sent bien, et on repart sans avoir rien changé au reste. Le vrai combat, ce n'est pas de faire passer la finance d'impact de 1 % à 3 % du marché. C'est que dans cinquante ans, toute la finance soit par construction orientée vers l'impact, parce qu'il sera universellement admis que performance financière et impact positif ne sont pas antagonistes.
Jusqu'en 2022, l'engouement pour le durable était réel et la performance était au rendez-vous. Puis la guerre en Ukraine est arrivée, le prix du pétrole et la cotation des entreprises de défense se sont envolés, et les portefeuilles qui n'y étaient pas exposés ont sous-performé de 20 % par rapport aux autres. Difficile, dans ces conditions, de tenir un discours triomphant sur la supériorité de l'investissement responsable. Je reste néanmoins convaincu que sur la durée, si les marchés fonctionnent correctement, les rendements s'équilibreront naturellement. Et en tant qu'investisseur, j'ai plus confiance dans un management qui cherche de l'impact, parce qu'il est plus attaché à son entreprise et à ce qu'elle construit dans la durée, que dans celui qui met les clés sous la porte dès que les résultats trimestriels déçoivent. Quand on est discipliné sur le plan de l'impact et discipliné sur le plan financier, les deux se renforcent mutuellement.
La blended finance – combinaison de capitaux publics concessionnels et de capitaux privés commerciaux – est-elle un outil prometteur pour le financement du développement durable dans les pays du Sud ?
Nous en parlons de plus en plus, mais nous n'en faisons pas beaucoup plus, ça reste encore très marginal. Toutes les statistiques sont désespérantes. Nous savons que c'est un outil puissant, nous savons comment ça fonctionne, nous avons des exemples concrets. Des dizaines de rapports ont été écrits sur le sujet, et pourtant nous n'avons pas franchi le cap du déploiement à grande échelle.
Pourquoi ce blocage ? D'abord, il y a un facteur culturel : les acteurs publics préfèrent financer directement, avec leur drapeau dessus, plutôt que de participer à des structures complexes où leur contribution devient invisible. Ensuite, il y a des obstacles techniques réels : les garanties coûtent parfois aux institutions publiques autant en capital réglementaire que les financements directs, ce qui leur ôte tout intérêt à jouer ce rôle de levier. Enfin, les transactions de blended finance sont encore trop complexes, trop longues à monter. On fait davantage la fortune des cabinets d'avocats que celle des bénéficiaires en bout de chaîne.
Nous avons aujourd'hui atteint un bon niveau de compréhension théorique sur la blended finance, et ces blocages peuvent être levés. Arrêtons de rédiger des rapports qui recensent les opérations qui ont fonctionné. Passons à la mise en œuvre systématique. Mobilisons l'argent public rare là où il fait la différence, c'est-à-dire en offrant des garanties pour faire du levier et réduire les risques dans les pays où attirer l'investissement privé est autrement difficile.
Proposition : Amplifier les montants publics affectés aux opérations de blended finance pour en faire un outil systématique de mobilisation des capitaux privés au service du développement durable.
Faut-il accepter une dégradation de la notation des banques multilatérales de développement pour libérer des capacités de prêt supplémentaires ?
Cette proposition revient souvent dans les débats : abaisser la notation des banques multilatérales de développement pour leur permettre de prendre plus de risques et ainsi d'augmenter leur capacité de prêt. Je pense que c'est une solution de facilité, et ce fut la première chose que j'ai dite en arrivant à la Banque mondiale : on n'en a pas besoin. Le problème avec cette idée, c'est que c'est une pente glissante : une fois que l'on commence, on ne sait plus où s'arrêter. Pourquoi s'arrêter à AA+ plutôt qu'à A, puis à B ? La valeur que ces institutions apportent tient en partie à la robustesse de leur signature, garantie par l'ensemble de la communauté internationale. Préserver le triple A des grandes institutions multilatérales est un bien commun de valeur.
Il existe beaucoup d'autres leviers à actionner avant de toucher à ce triple A. Je suis fier d'avoir démontré à la Banque mondiale qu'il était possible de créer, sans coût additionnel pour les actionnaires, plusieurs centaines de milliards de capacité de prêt supplémentaire, simplement en agissant sur les leviers internes. Il ne faut pas perdre de vue qu'une banque multilatérale reste une banque : quand elle met un milliard de profits de côté, ce milliard augmente son capital l'année suivante, et donc sa capacité de prêt. À partir de là, tout un ensemble de mesures structurelles peut être activé : des politiques de partage de risques entre banques multilatérales, des économies de coûts pour avoir une institution plus légère et plus profitable, des politiques de tarification différenciées selon le profil des emprunteurs. Ces réformes d'apparence technique peuvent être profondément efficaces. Avant d'aller chercher des solutions mécaniques sur tableau Excel, épuisons d'abord ce que les leviers internes permettent. Il reste énormément à faire.
Proposition : Mettre en place des mesures structurelles pour maximiser les capacités de prêts des banques multilatérales (syndication de prêts, politiques de tarifications différenciés) sans remettre en cause sa notation.
Vous avez coécrit en 2003 un rapport sur le financement de l'eau pour le G8 d'Évian. Vingt ans plus tard, et à la veille d'un nouveau G7 dans la même ville, quel regard portez-vous sur l'évolution de la gouvernance hydrique mondiale ?
L'eau est un sujet qui me passionne à la fois émotionnellement et intellectuellement. En 2003, je travaillais avec Michel Camdessus sur un rapport intitulé Financing Water for All, rédigé à l'occasion du G8 d'Évian. Ce qui est frappant, c'est que ce rapport aurait pu être écrit presque à l'identique aujourd'hui pour le G7 d'Évian de cette année, en actualisant les données et en dramatisant un peu le propos, car le stress hydrique a progressé et les tensions se sont accrues. Le parallélisme des formes entre 2003 et 2026 est troublant : à l'époque, c'était la guerre en Irak, aujourd'hui, c'est la guerre en Iran.
L'eau est la ressource mondiale par excellence. Le nombre de molécules d'eau sur Terre est à peu près stable depuis quatre milliards d'années, sous des formes différentes, à des niveaux de qualité et d'accès très variables, mais globalement constant. Et pourtant, cette ressource mondiale ne se gère que localement. On ne transporte pas l'eau comme on transporte le pétrole. Il n'existe pas de supertankers d'eau. C'est là que réside toute la difficulté : une ressource partagée à l'échelle planétaire, mais dont la gouvernance est nécessairement locale et fragmentée.
La gouvernance de l’eau révèle une tension fondamentale entre deux mots : « rivaux » et « riverains ». C'est la même racine, ce sont les mêmes rives, mais deux postures opposées face à la ressource partagée. En 2003, nous étions relativement optimistes : historiquement, les riverains coopéraient plus souvent qu'ils ne s'affrontaient. Aujourd'hui, ce n'est plus aussi évident. Quand l'Inde menace de revoir ses traités sur l'eau avec le Pakistan, quand la Chine construit des barrages en amont du Mékong, quand l'Éthiopie édifie le Grand Barrage de la Renaissance sans l'accord complet du Soudan et de l'Égypte, on voit bien que la logique d'accaparement progresse. Et ce n'est pas qu'un phénomène international, en France même, où l'eau semblait abondante il y a vingt ans, des conflits d'usage émergent aujourd'hui.
La leçon que j'en tire, et c'est malheureusement à contre-courant de l'éthos mondial actuel, c'est qu'aucune règle, aucun tableau Excel ne réglera la question de l'eau, ni celle des ressources critiques plus largement. Ce qui manque, c'est la volonté de discuter, de s'écouter, de négocier. C'est simple à dire, et extraordinairement difficile à faire dans le monde tel qu'il est aujourd'hui.
Les ODD arrivent à échéance en 2030 en ne seront pas tous atteints. À quoi devrait ressembler le cadre international qui lui succèdera ?
Je doute que dans l'état actuel du système international il y ait une volonté commune pour négocier des ODD 2.0. Mais ce serait une erreur que d'abandonner la matrice que nous avons construite. Ces objectifs ont créé une grille d'analyse partagée, des mécanismes de suivi, une approche systémique des crises mondiales. Ils ont démontré que ces crises sont liées, qu'on ne peut pas traiter le climat sans traiter la pauvreté, l'eau, la santé. Ce serait dommage de tout abandonner sous prétexte qu'on a raté les échéances.
La réponse la plus pragmatique serait de les prolonger. Les ODD restent un cadre d'analyse pertinent. Il faut les reprendre pour 2035, 2040, 2045. Ce qui serait particulièrement puissant, c'est que cette initiative vienne de la société civile et des jeunes générations, en disant : nous reconnaissons que ce dispositif n'a pas fonctionné comme prévu, mais cette matrice reste la bonne, ces enjeux restent cruciaux pour notre avenir commun, et nous refusons qu'ils disparaissent de l'agenda mondial parce que l'attention s'est portée ailleurs. La planète continue de se réchauffer, les mers continuent de monter, l’eau douce de se raréfier, qu'on en parle ou non. C'est précisément le rôle que le Y7 et le Y20 peuvent jouer.
Proposition : préserver le cadre des ODD et en prolonger l’horizon jusqu’en 2040, en définissant des objectifs révisés et adaptés aux enjeux de cette nouvelle échéance.
L’Institut Open Diplomacy, fondé en 2010 par Thomas Friang, est un think tank reconnu pour ses travaux d’intérêt général. En 2025, face à l’accumulation de crises géopolitiques, écologiques, économiques et politiques qui s’aggravent mutuellement, il s’est donné pour mission de « comprendre et combattre la polycrise ».
Pour mener à bien cette mission, l’Institut a tout d'abord mobilisé plus de dix co-auteurs et trente experts autour d’une analyse des quatre grandes crises systémiques et de leurs interactions. Le fruit de ces travaux a été publié dans un premier rapport, Comprendre la polycrise : précis de lucidité pour négocier un tournant historique. Cette étude, parue à l’occasion du 15ᵉ anniversaire de l’Institut, a également posé les fondements du Sommet du Y7, organisé du 17 au 20 mai autour du thème « Combattre la polycrise ».
Afin de prolonger cette réflexion et de valoriser les propositions formulées lors du Y7, l’Institut a ensuite mobilisé cinq co-auteurs, dix-sept contributeurs et trente-huit experts pour identifier des solutions concrètes pour combattre la polycrise. Présentée le 9 octobre à la Maison de l’Europe, cette nouvelle étude est divisée en quatre grandes parties - intégrer les déséquilibres démographiques | endiguer les bouleversements géopolitiques | ralentir les crises écologiques | prévenir les ruptures technologiques - et est accessible dans son intégralité en ligne via ces pages.