Dans la polycrise que nous subissons, la géopolitique commande la politique. Cette polycrise voit une accélération inédite de l’histoire sur la scène internationale, et celle-ci n’est pas portée par les démocraties qui ont voulu croire que le temps long jouait pour elles. Entre choc des empires, retournement à la hausse de la conflictualité, et retour en force des passions nationales et religieuses, le dérèglement du monde est manifeste.
Quatre-vingt ans après l’adoption de la Charte des Nations unies, qui avait consacré l’avènement d’un ordre international basé sur des règles, ce dernier est à la fois contourné, contesté et menacé.
Contourné par des acteurs, étatiques ou non, qui se désinhibent dans l’emploi de la force et s’affranchissent du droit international humanitaire. Contesté par des puissances qui affichent ouvertement l’ambition de réviser l’ordre international post-1945, qu’il s’agisse de la souveraineté et de l’intégrité d’autres États, ou des institutions internationales elles-mêmes. Et menacé par la perte de crédibilité des organes de gouvernance mondiale et des règles qu’ils sont censés garantir, avec le primat de la force sur le droit.
Sur les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, trois sont engagés dans des violations flagrantes du droit international ou du droit international humanitaire.
La Russie n’a pas attendu son invasion totale de l’Ukraine en 2022 pour fouler aux pieds la Charte des Nations unies et la Déclaration universelle des Droits de l’homme. Elle a soutenu la sécession dans le sang de la Transnistrie dès mars 1992, à une époque où de hauts responsables russes parlaient déjà de reconquérir des terres autrefois dominées par l’Empire russe puis par l’URSS. Territoire qu’elle occupe toujours de facto via un État fantoche. Elle a tenté, au motif d’y défendre des séparatistes qu’elle avait elle-même soutenus et armés, d’envahir en 2008 la Géorgie, dont elle occupe toujours un cinquième du territoire et dont elle a vassalisé le gouvernement toujours plus autoritaire. Elle a annexé illégalement la Crimée en 2014 et déclenché la même année une guerre civile dans le Donbass, mais ses ingérences et agressions envers l’Ukraine sont bien antérieures. Le Kremlin a ainsi cherché à installer de force un dirigeant prorusse en 2004, avant de reculer face à la Révolution orange qu’il n’a jamais pardonné. Dès cette époque, la volonté d’assujettir l’Ukraine, voire de la dépecer, était ainsi manifeste. Aujourd’hui, la Russie dont la société est en pleine dérive fascisante s’attelle à russifier à marche forcée les territoires ukrainiens qu’elle a conquis au prix de vastes pertes civiles, et tente de faire plier la résistance ukrainienne par des crimes de guerre quotidiens. Des massacres délibérés de civils à la destruction de la culture ukrainienne, sa guerre visant explicitement à effacer l’Ukraine comme nation indépendante relève à bien des égards du crime de génocide.
La Chine, dont le régime communiste est en plein durcissement totalitaire, procède à des violations des règles et principes fondateurs de l’ONU dans les mêmes domaines, fût-ce de manière moins visible (ou moins dénoncée). Tout en poursuivant au Tibet ce que d’aucuns décrivent comme un véritable génocide culturel, elle mène contre la population ouïghoure autochtone du Xinjiang des persécutions de même nature. Elle a interné plus d’un million de Ouïghours dans des camps où les traitements vont du lavage de cerveau à la stérilisation, à l’effacement systématique de leur héritage culturel. Si elle n’a pas, pour le moment, engagé de reconquête de territoires par la force armée ni annexé de territoires habités comme l’a fait la Russie - dont elle n’a jamais condamné la guerre d’agression contre l’Ukraine, la Chine viole les frontières de ses voisins. Elle occupe en mer de Chine méridionale des îles et îlots qu’elle poldérise, généralement à des fins militaires, en parfaite violation de la souveraineté des pays propriétaires de ces îles, pour imposer un fait accompli et étendre illégalement sa zone économique exclusive. Contestant également la souveraineté japonaise sur les îles Senkaku, la République populaire de Chine menace surtout Taïwan, qui s’est épanouie comme démocratie depuis plusieurs décennies et dont la population refuse massivement d’être « réunifiée » au régime communiste de Pékin comme l’ont été Macao et Hong-Kong.
Les violations manifestes du droit international humanitaire sont aussi le fait de nos alliés, nourrissant hors du monde occidental l’accusation d’un deux poids, deux mesures dans le respect du droit international.
Les États-Unis, pourtant censés être les garants ultimes de la Charte de l’ONU et de l’ordre international fondé sur des règles dont ils ont tant contribué à l’avènement, s’en écartent de manière inédite sous ce second mandat de Donald Trump. L’agressivité des États-Unis sur le plan économique a été portée au plus haut par les droits de douane prohibitifs qu’a imposé Washington au monde entier. Tout en minant la solidité de l’alliance atlantique, qu’ils soumettent à leur chantage, les Américains auront été jusqu’à menacer le territoire de leur allié canadien, et celui du Danemark, membre de l’OTAN comme de l’Union européenne. La guerre contre l’Iran, quelles que soient les légitimes raisons de s’attaquer à un régime criminel qui oppresse et massacre sa population, soutient des groupes terroristes qui ont (entre autres) du sang français sur les mains, et ferait peser un danger d’autant plus grand s’il se dotait de l’arme nucléaire, était aussi illégale que celle menée contre l’Irak baasiste en 2003.
De quoi nourrir hors du monde occidental l’accusation d’un deux poids, deux mesures dans le respect du droit international.
En outre, la Turquie, pourtant membre de l’OTAN, occupe illégalement la moitié nord de l’île de Chypre, et menace régulièrement la Grèce dont elle conteste des territoires souverains en mer Egée. Tout en renforçant son autoritarisme à l’intérieur du pays, le régime d’Ankara s’emploie à déstabiliser des démocraties européennes comme la France en y soutenant des réseaux politico-religieux islamistes et communautaristes, et en y menant une guerre de l’information au même titre que la Russie, la Chine ou encore l’Azerbaïdjan.
C’est également le cas, enfin, des multiples violations du droit international comme du droit international humanitaire par Israël, de la colonisation de la Cisjordanie aux crimes de guerre perpétrés à Gaza, fût-ce en combattant un ennemi qui en joue cyniquement.
De quoi, une nouvelle fois, nourrir hors du monde occidental l’accusation d’un deux poids, deux mesures dans le respect du droit international.
La France, l’Europe et quelques puissances partenaires, du Canada à l’Australie et du Japon à l’Ukraine, paraissent ainsi bien isolées dans leur défense des principes et règles qui devaient refonder et ordonner le monde après 1945. Un enjeu fondamental pour les démocraties, et plus particulièrement des démocraties européennes, est de revitaliser l’ordre international fondé sur des règles et de rétablir sa crédibilité. Pour cela, l’approche multilatérale doit se doubler de positions plus fermes et offensives pour mieux punir, et surtout mieux dissuader les violations du droit international. Sans quoi nous verrons se renouveler à une échelle toujours plus grande les horreurs dont il était censé nous prémunir à jamais, des guerres d’agression aux génocides.
Or, le dérèglement du monde n’est pas l’affaire des seuls États : il est aussi porté par de nouveaux acteurs non-étatiques, qui obligent à repenser certaines législations internationales au même titre que les nouvelles technologies. C’est en particulier le cas de l’intelligence artificielle, qui va accroître la portée et l’efficacité des opérations de guerre hybride - et notamment les manipulations de l’information, et s’inviter à tous les niveaux de la conflictualité, des champs de bataille aux décisions d’état-major, potentiellement jusque dans les chaînes de commandement de la dissuasion nucléaire.
Enfin, l’un des aspects les plus dangereux des bouleversements géopolitiques en cours est le retour des conflits majeurs entre États, et des risques de conflits directs entre grandes puissances. Or, la France et la plupart des autres pays européens y sont encore mal préparés après avoir longtemps bénéficié des « dividendes de la paix ». Depuis la fin de la Guerre froide, la réduction de la menace militaire a conduit de nombreux États européens à diminuer progressivement leurs dépenses de défense, afin de dégager des marges de manœuvre budgétaires pour financer d'autres priorités, en particulier le développement des systèmes de protection sociale et l'augmentation des dépenses de retraite, de santé ou de dépendance. Le retour de la guerre de haute intensité sur le continent européen, l'intensification des rivalités stratégiques et la remise en cause croissante des garanties de sécurité internationales imposent désormais de reconstruire des capacités militaires, industrielles et technologiques qui avaient été progressivement réduites.
Les discours affichant l’ambition d’être prêts à une guerre de haute intensité « d’ici trois à quatre ans » - horizon encore fixé par le chef d’état-major des armées en février 2026 - sont ainsi déconnectés de la réalité des efforts engagés, et surtout de la nature des programmes suivis.
La France est certes engagée dans un réarmement d’ampleur historique. Toutefois, les nouveaux investissements annoncés ne visent pas à augmenter le format des forces, c’est-à-dire la taille des effectifs et des parcs d’armement. Or, c’est à cet horizon que, selon les armées, la France pourrait devoir s’engager dans un conflit majeur. La France prévoit donc de ne reconstruire des forces taillées pour un conflit de haute intensité qu’après qu’il soit possiblement trop tard.
Et là où les drones, en Ukraine comme au Proche-Orient, soulignent toute la vulnérabilité des armées contemporaines, les moyens prévus pour la défense anti-drones ne permettront de protéger vraiment ni nos infrastructures, ni nos armées au front.
C’est, au fond, la principale faiblesse du réarmement français : la France continue de repousser des choix pourtant inévitables.
Ainsi, la loi de programmation militaire en voie d’actualisation consolide le modèle militaire français d’ici 2030, sans remédier à ses failles. Mais l’enjeu est de le repenser face au risque d’un décrochage en cas de conflit majeur. Si la France veut conjurer ce double risque, ce sont des pans entiers de son modèle économique et social qu’elle devra repenser, en cohérence avec les autres dimensions de la polycrise.
La possibilité de conflits majeurs est l’un des pires risques que fait planer sur nous la polycrise. Elle survient dans un contexte où la France et l’Europe doivent affronter simultanément plusieurs crises systémiques qui s’enchevêtrent et se renforcent mutuellement. Le dérèglement climatique multiplie les événements extrêmes, accentue les tensions sur les ressources et impose des investissements considérables pour adapter les territoires et décarboner les économies. Dans le même temps, les ruptures technologiques, en particulier dans le domaine de l’intelligence artificielle, rebattent les rapports de puissance et mettent en lumière le décrochage européen dans plusieurs secteurs stratégiques. Enfin, la priorité donnée aux dépenses courantes du présent renforce les inégalités intergénérationnelles. Conjuguées aux effets de l’économie de l’attention et à la fragmentation de l’espace informationnel, elles alimentent une polarisation croissante des sociétés démocratiques.
Ces crises ne se succèdent pas : elles interagissent et nécessitent des réponses structurelles et systémiques. Les tensions géopolitiques compliquent la transition écologique en fragilisant les approvisionnements stratégiques ; les ruptures technologiques nourrissent la compétition entre puissances ; les contraintes budgétaires liés à la priorité donnée au besoin du présent limitent les capacités d'investissement dans l’ensemble des domaines ; tandis que la polarisation sociale fragilise la capacité des démocraties à conduire des réformes de long terme.
Dans ce nouvel environnement stratégique, les démocraties européennes doivent retrouver des capacités qu'elles avaient progressivement réduites. Le retour de la guerre de haute intensité sur le continent européen, la montée des rivalités entre grandes puissances et la remise en cause croissante des règles du multilatéralisme les obligent à reconstruire des capacités militaires, industrielles et technologiques importantes, au moment même où le vieillissement démographique accroît durablement les besoins de financement des retraites, de la santé et de la dépendance.
En définitive, ces crises inhibent la capacité de démocraties comme la France à tenir dans le rapport de force pour défendre le droit international. Or, pour elles, il y a ainsi urgence à redonner au droit tous les moyens de primer sur la force. Mais aussi à se donner les moyens de se défendre par la force.
Garantir la sécurité collective vis-à-vis des nouveaux risques
Avec 65 conflits dans 36 pays à travers le monde, l'année 2025 aura recensé le plus de guerres de différentes natures depuis 1946. L'augmentation continue du nombre de conflits ces dernières années montre que la tendance de long terme à la pacification du monde, incontestable dans les précédentes décennies, connaît un coup d’arrêt, voire pourrait s’inverser. Surtout, ce retournement à la hausse de la conflictualité s’accompagne d’un retour en force des conflits entre États, et des risques de conflits supplémentaires.
A cela s’ajoute une diversification des menaces et des risques, ne serait-ce qu’au regard des technologies nouvelles ou nivelantes, de la démocratisation des drones armés jusqu’au perfectionnement de la cyberguerre et de la cybercriminalité.
Il est donc urgent de s’atteler à la prévention et à la gestion de ces nouveaux risques, notamment par la régulation des nouveaux champs de conflictualité et des nouvelles technologies duales et militaires. A commencer par la question des armes intelligentes et de la militarisation des intelligences artificielles, qui commande d’inventer de nouvelles règles et constitue une opportunité pour relancer des dynamiques de contrôle et de maîtrise et d’armement à l’international.
Rétablir une gouvernance centrée sur l'humain dans l'innovation technologique militaire et à double usage
Une étape clé à cette fin peut être de s’appuyer sur le Processus d'Hiroshima, le Code de conduite international pour les organisations développant des systèmes d'IA avancés et les initiatives similaires, en privilégiant des canaux de dialogue transparents et structurés avec les entreprises technologiques.
Il convient notamment d'élargir le cadre de reporting du G7 de l'OCDE afin d'aborder les questions liées aux technologies dans les conflits, dans le but de promouvoir les meilleures pratiques et de mettre en place des mécanismes de protection contre l'armement militaire et la militarisation des technologies à double usage.
De même, il faudra mettre en œuvre une réglementation relative aux systèmes d'armes autonomes létaux, en s'appuyant sur les travaux du Groupe d'experts gouvernementaux des Nations Unies dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur certaines armes classiques, en garantissant le plein respect du droit international humanitaire et en promouvant l'utilisation responsable des technologies émergentes.
Proposition #1 | Encadrer la militarisation de l’intelligence artificielle et des technologies émergentes, en :
- Renforçant, dans le cadre du Processus d’Hiroshima, le dialogue du G7 avec les entreprises technologiques ;
- Élargissant le cadre de suivi du G7 et de l’OCDE aux usages des technologies dans les conflits et aux risques liés aux technologies à double usage ;
- Établissant une réglementation internationale des systèmes d’armes létaux autonomes, respectueuse du droit international humanitaire.
Garantir un contrôle humain effectif de l'intelligence artificielle dans ses usages militaires et sécuritaires
Face à l’essor des systèmes d’armes autonomes et des autres usages militaires et sécuritaires de l’IA, une priorité absolue doit être de garantir, quoiqu’il advienne, la présence d’un humain dans la décision d’utiliser la force, à tous les niveaux.
Pour cela, il est nécessaire de rendre opérationnels des mécanismes de supervision humaine significatifs pour les systèmes d'armes basés sur l'IA dans les domaines critiques, notamment le commandement, le contrôle et les communications nucléaires et les armes autonomes. Il est essentiel de rejeter tout jugement humain nominal sur les chaînes de destruction permises par l'IA et de reconnaître que les biais de l'automatisation militaire constituent une violation du droit international humanitaire.
De même, une certification unifiée d'essais, d'évaluation, de validation et de vérification (TEVV) tout au long du cycle de vie de l'IA militaire doit advenir. Elle permettra de traduire les principes de l'IA responsable dans le domaine militaire (REAIM) en normes applicables aux prototypes et aux systèmes d'IA en service.
Pour assurer une application effective de ces normes, les organismes de surveillance internationaux et nationaux compétents, ainsi qu’un nouveau Conseil de gouvernance des technologies émergentes, doivent être chargé de mettre les systèmes d'IA en service non conformes aux normes TEVV dans les délais fixés par les « responsables de l'IA responsable », conformément aux orientations REAIM 2026.
Enfin, les exigences de certification TEVV doivent être intégrées dans les contrats d'acquisition et de modernisation de la défense des pays du G7, afin de garantir l'utilisation exclusive de systèmes d'IA conformes.
Proposition #2 | Garantir un usage responsable de l'intelligence artificielle dans le domaine militaire, en :
- Assurant une supervision humaine significative de toute décision d'emploi de la force fondée sur l'IA, en particulier dans les domaines critiques ;
- Mettant en place une certification unifiée des systèmes d'IA militaires tout au long de leur cycle de vie ;
- Renforçant les mécanismes nationaux et internationaux de contrôle afin d'assurer le respect des normes de l'IA responsable ;
- Intégrant les exigences de certification dans les politiques d'acquisition et de modernisation des capacités de défense.
Renforcer la résilience des populations civiles face à la manipulation de l'information
Les manipulations de l’information sont l’une des principales menaces qui pèsent sur nos sociétés, sur le fonctionnement de nos démocraties, et sur nos intérêts stratégiques. Poussées par des États hostiles - Russie, Chine, Turquie, Azerbaïdjan, Iran, mais aussi dans une certaine mesure par des pays alliés - à commencer par les États-Unis, elles sont également le fait d’acteurs non-étatiques profitant des possibilités des réseaux sociaux. Au cœur de la polycrise, les manipulations de l’information se nourrissent aussi des ruptures technologiques - à commencer par l’IA - qui commodisent de nouveaux moyens de désinformation et amplifient leur portée. Ces manipulations exploitent la polarisation de nos sociétés, y compris celles liées aux inégalités économiques sociales et intergénérationnelles, et peuvent pousser, entre autres, la désinformation climatique. La lutte contre les manipulations de l’information, et notamment celles relevant d’ingérences étrangères, doit ainsi devenir une priorité cardinale pour la France et ses voisins européens. Cette lutte doit couvrir un large spectre comprenant la mésinformation, la désinformation et la malinformation, à travers les discours politiques extrémistes amplifiés par l'IA, les discours de haine, la désinformation scientifique et la manipulation et l'ingérence de l'information étrangère.
Il faut pour cela renforcer les mécanismes de réponse rapide aux niveaux de l’UE et du G7 en consolidant les collaborations entre États et en travaillant de concert avec les fournisseurs de plateformes, afin de promouvoir une plus grande transparence algorithmique et une certification indépendante de l'information. Ceci doit se faire grâce à un label de confiance volontaire qui serait adopté par les membres de l’UE et du G7, dans le respect des Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme.
En parallèle, il faut donner la priorité aux investissements dans les opérations d'information défensives pour protéger la souveraineté et les droits de l'homme face aux menaces hybrides, en collaboration avec les membres de l’UE et du G7.
Les initiatives en matière d'intelligence artificielle et d'éducation au numérique, ainsi que les campagnes de sensibilisation du public doivent également être promues. Elles doivent s’appuyer sur la collaboration entre les organisations de la société civile et les établissements d'enseignement, éléments essentiels au renforcement des systèmes démocratiques.
Proposition #3 | Renforcer la protection des démocraties face aux manipulations de l'information, en :
Prévenant et contrant les campagnes de désinformation, de mésinformation et d'ingérence informationnelle ;
Renforçant les mécanismes de coopération et de réponse rapide entre les démocraties, ainsi que la transparence des plateformes numériques ;
Développant les capacités de défense informationnelle face aux menaces hybrides ;
Soutenant l'éducation au numérique, l'intelligence artificielle de confiance et les actions de sensibilisation afin de renforcer l'esprit critique des citoyens.
Mieux coordonner nos actions et notre résilience face aux agressions hybrides
L’un des principaux défis pour la sécurité internationale, et plus directement pour celle de la France et de ses alliés, réside dans la multiplication des agressions hybrides. Celles-ci combinent des moyens civils et militaires (cyberattaques, opérations de déstabilisation, ingérences informationnelles, sabotages) afin d’affaiblir un État sans franchir explicitement le seuil de la guerre ouverte. Leur ambiguïté complique l’attribution des responsabilités, ralentit la prise de décision et cherche à diviser les sociétés comme les alliances. Dans ce domaine, la Russie et la Chine constituent les deux principales sources de menace étatique, la Russie occupant une place prépondérante dans les opérations recensées par le Service européen pour l’action extérieure
Ces opérations visent en priorité les vulnérabilités dont dépend le fonctionnement quotidien de nos démocraties : infrastructures énergétiques, réseaux numériques, câbles sous-marins, systèmes électoraux, services publics essentiels ou outils de navigation par satellite. Elles mettent ainsi à l’épreuve non seulement les capacités militaires des États, mais aussi la continuité de leurs institutions, la robustesse de leurs économies et la résilience de leurs populations civiles.
Chaque opération hybride peut servir à tester notre vigilance, notre cohésion et notre détermination collective. Une réponse insuffisamment coordonnée risque d’encourager de nouvelles provocations, tandis qu’une mauvaise appréciation de leur gravité pourrait conduire à une escalade incontrôlée. La France et ses partenaires européens doivent donc disposer de mécanismes permettant de détecter et d’attribuer rapidement ces actions, d’y répondre de manière proportionnée et coordonnée, et de dissuader leur répétition.
Cela suppose de dépasser une approche strictement militaire de la sécurité. Il faut renforcer la coordination européenne en matière de cybersécurité, consolider les capacités communes de surveillance et de réponse aux menaces hybrides, et investir durablement dans la préparation des populations civiles comme dans la protection des infrastructures critiques.
Proposition #4 | Améliorer notre défense et notre résilience face aux menaces hybrides, notamment en :
- Renforçant la coordination en matière de cybersécurité en élaborant un cadre commun de cybersécurité européen, grâce à l'harmonisation des normes nationales et des mécanismes de réponse existants, afin de protéger les infrastructures en ligne critiques et les processus démocratiques.
- Consolidant les efforts existants pour contrer les menaces hybrides et améliorer la surveillance conjointe grâce à des modèles tels que l'écosystème de résilience global et les méthodologies structurées du Centre d'excellence européen pour la lutte contre les menaces hybrides.
- Investissant durablement dans la préparation des populations civiles et la protection des infrastructures critiques, notamment les systèmes énergétiques, les réseaux numériques, les câbles sous-marins, les systèmes de vote et les outils de navigation par satellite.
II – Renforcer les coopérations internationales pour faire vivre un monde ordonné
Défendre l’ordre international basé sur des règles et renouer avec une gouvernance mondiale capable d’affronter les grands enjeux globaux passe d’abord par la revitalisation du multilatéralisme. Face aux puissances révisionnistes et à la loi de la jungle, il s’agit de faire vivre un monde ordonné, et de mieux défendre nos intérêts dans un ensemble de domaines qu’ils soient économiques, technologiques ou climatiques.
Défendre la souveraineté maritime et la gouvernance des nouvelles voies maritimes
Frontière commune de l’humanité et espace indispensable à la régulation du climat, à la préservation de la biodiversité et aux échanges internationaux, la mer concentre une part croissante des tensions géopolitiques et des nœuds de la polycrise. La compétition pour les ressources halieutiques, énergétiques et minérales, l’ouverture de nouvelles voies de navigation et la multiplication des stratégies de fait accompli fragilisent le droit international maritime. Dans une économie mondialisée où l’essentiel du commerce international transite par voie maritime, la liberté de navigation et de survol constitue une condition essentielle de notre sécurité et de notre prospérité.
Grâce à ses territoires ultramarins répartis dans tous les océans, la France dispose de la deuxième zone économique exclusive au monde. Cette présence lui confère une responsabilité particulière, mais l’expose également aux empiètements, à la coercition, à l’exploitation non autorisée des ressources et aux contestations territoriales. La défense de la souveraineté maritime française suppose donc de protéger l’intégrité de ses territoires et de leurs zones économiques exclusives, de renforcer les moyens de surveillance et d’écarter toute modification unilatérale de leur statut en dehors des procédures légales et démocratiques.
Une attention particulière doit être accordée à l’Arctique. Le changement climatique y facilite progressivement l’accès à de nouvelles routes maritimes et à des ressources jusqu’alors difficilement exploitables, attisant les rivalités stratégiques. Dans un contexte d’affaiblissement de la coopération au sein du Conseil de l’Arctique, les membres du G7 doivent mieux coordonner leur action afin d’éviter qu’un vide de gouvernance ne favorise les rapports de force. Cette coordination doit être relayée au sein du Conseil de l’Arctique par ses membres qui y siègent et conduite en étroite concertation avec les États arctiques européens. Le développement de la région doit s’inscrire dans un cadre réglementaire conforme au droit international, protéger son environnement fragile et garantir la participation ainsi que les droits des peuples autochtones.
Enfin, la souveraineté maritime ne se limite pas à la maîtrise des espaces territoriaux. Elle dépend également de la sécurité des routes logistiques, des câbles sous-marins, des installations portuaires et des systèmes satellitaires de positionnement et de navigation. Ces infrastructures, essentielles aux communications, aux échanges commerciaux et au fonctionnement des sociétés européennes, sont particulièrement exposées aux sabotages, aux cyberattaques et aux opérations hybrides. Leur protection exige une surveillance maritime renforcée, une meilleure coordination entre alliés et des capacités communes de prévention, d’attribution et de réaction. Les membres du G7 pourraient dans ce cadre promouvoir un pacte international de non-agression contre les infrastructures maritimes critiques, interdisant leur sabotage ou leur instrumentalisation en temps de paix et prévoyant des procédures communes d’enquête, d’attribution et de réponse en cas d’attaque.
Proposition #5 | Défendre notre souveraineté maritime, en :
- Réaffirmant la souveraineté et protégeant l’intégrité des territoires nationaux et ultramarins ainsi que leurs zones économiques exclusives ;
- Renforçant la coordination du G7 pour assurer une gouvernance durable et respectueuse des populations autochtones dans l’Arctique ;
- Sécurisant par une coopération au niveau du G7 les routes maritimes, la liberté de navigation et les infrastructures critiques sous-marines et satellitaires.
Renforcer la souveraineté et la résilience économique des membres
La souveraineté ne se partage pas. Mais dans un certain nombre de domaines, elle ne peut plus se défendre au seul échelon national. Les économies européennes sont profondément intégrées à des chaînes de valeur mondiales dont elles ne maîtrisent ni l'ensemble des infrastructures, ni l'approvisionnement en matières premières critiques, ni certaines technologies essentielles. Cette interdépendance a longtemps été perçue comme un facteur de prospérité et de stabilité. Elle constitue désormais également un facteur de vulnérabilité.
Les rivalités géopolitiques ont en effet transformé ces dépendances en instruments de puissance. Les restrictions sur les exportations de semi-conducteurs, les tensions autour des terres rares et des métaux critiques, les pressions exercées sur les approvisionnements énergétiques, les risques pesant sur les câbles sous-marins, les infrastructures numériques ou les routes maritimes illustrent une même évolution : les flux commerciaux, financiers, technologiques et informationnels peuvent désormais être utilisés comme des leviers de coercition. La compétition stratégique ne se limite plus au champ militaire ; elle s'étend à l'ensemble des dépendances qui structurent les économies contemporaines.
La souveraineté ne consiste plus à rechercher une autonomie illusoire, mais à réduire les dépendances les plus critiques, à diversifier les partenariats et à renforcer la résilience collective des démocraties. C'est également dans cette logique que s'inscrivent le renforcement des coopérations entre alliés, l'approfondissement des partenariats avec les pays du Sud et l'association de la société civile aux mécanismes de gouvernance internationale. Face à des vulnérabilités devenues globales, la capacité d'action dépend autant de la solidité des alliances que des capacités nationales.
Dans ce contexte, il faut renforcer la sécurité économique et la souveraineté entre Etats européens en renforçant l’intégration des politiques publiques (politique étrangère, politique commerciale, politique industrielle et politique énergétique), en approfondissant la coordination entre Etats-membres pour limiter notre expositions aux risques l’instrumentalisation de nos dépendances économiques, dissuader leur arsenalisation et développer des capacités offensives de coercition économique, notamment dans le champ monétaire et financier.
Il faut également engager le G7 dans une trêve en matière de guerre économique, alors que la prédation économique est désormais au cœur de la politique étrangère américaine envers l’Europe.
Cette trêve pourrait être la condition d’une coopération renforcée entre Etats du G7 dans la lutte contre les flux financiers illicites, depuis l'identification des bénéficiaires effectifs jusqu’à la mise en accusation et au recouvrement des avoirs. Cette coopération pourrait notamment permettre de renforcer la sécurité des ports et des aéroports et d'intensifier la lutte contre les trafics internationaux, en démantelant les réseaux criminels qui exploitent les voies maritimes et aériennes grâce à un partage accru du renseignement, à une cybersécurité renforcée et à une coopération douanière approfondie.
Cette trêve économique au sein du G7 doit également permettre de relancer une politique ambitieuse de partenariats internationaux avec les Etats en développement, combinant investissements publics et privés, européens et américains, dans les Etats partageant nos valeurs (Etat de droit) et nos intérêts (un système multilatéral fondé sur le droit et non sur la puissance).
Proposition #6 | Créer une véritable politique européenne de sécurité économique en intégrant politique extérieure, politique industrielle, politique commerciale et politique énergétique pour obtenir une trêve géoéconomique dans l’Alliance atlantique et pour réengager l’Europe et les États-Unis dans une politique conjointe de partenariats internationaux au service de leurs approvisionnements stratégiques.
III – Assurer le respect du droit international et des droits humains
Le contournement et la contestation du droit international sont à la fois conséquences et causes des difficultés à le faire respecter. La force prime de plus en plus le droit parce que la force n’est pas suffisamment au service du droit. La priorité est donc d'œuvrer à une forme de law enforcement du droit international, pour rétablir sa crédibilité et sa capacité d’application.
Établir un cadre de sanctions plus coordonné
Dans un contexte de retour des rapports de puissance, les sanctions économiques sont devenues un instrument central de politique étrangère. Elles permettent aux démocraties d'exercer une pression sur des États, des organisations ou des individus responsables d'agressions, de violations du droit international ou d'activités déstabilisatrices, tout en évitant le recours direct à la force militaire. Leur efficacité repose toutefois sur leur crédibilité, leur coordination et leur capacité à limiter les possibilités de contournement.
Or, la mondialisation des flux financiers et la complexité des structures de propriété offrent de nombreuses possibilités de dissimulation des avoirs et de contournement des sanctions. Les différences entre les cadres juridiques nationaux, les divergences dans les critères de désignation et l'insuffisante coordination entre autorités financières, douanières, judiciaires et de renseignement créent des failles que les acteurs sanctionnés exploitent pour déplacer leurs capitaux, masquer leurs bénéficiaires effectifs ou poursuivre leurs activités par l'intermédiaire de juridictions tierces.
Renforcer l'efficacité des sanctions suppose donc d'améliorer leur coordination internationale tout en préservant leur légitimité. Cela implique d'harmoniser les critères de désignation, de renforcer les échanges d'informations entre partenaires et de limiter les effets indésirables sur les populations civiles et les acteurs humanitaires. Des sanctions mieux coordonnées, mieux ciblées et accompagnées d'exemptions humanitaires claires renforcent à la fois leur efficacité stratégique et leur conformité au droit international.
Proposition #7 | Accroître l'efficacité et la légitimité des régimes de sanctions internationales, en :
- Harmonisant les critères de désignation et de mise en œuvre des sanctions entre les partenaires internationaux ;
- Renforçant la coopération entre les autorités compétentes afin de prévenir le contournement des sanctions et les activités financières illicites ;
- Garantissant des exemptions humanitaires claires afin de limiter les effets involontaires sur les populations civiles.
Repenser notre industrie de défense pour une véritable économie de guerre
En juin 2022, le Président de la République a annoncé l’entrée de la France dans une « économie de guerre », expression reprise régulièrement dans les communications officielles au sujet du réarmement. Une expression en réalité déconnectée des réalités : si la production d’armement a accéléré ces quatre dernières années à un rythme inédit depuis la fin de la guerre froide, et notamment la production de « consommables » comme les munitions de divers genres et calibres, elle ne permet toujours pas de préparer les armées françaises à la possibilité d’un conflit majeur.
La production d’obus a été portée de 20 000 en 2022 à 100 000 en 2024, avec un objectif de 160 000 en 2026. Ces niveaux restent très inférieurs à celui d’autre pays. En Allemagne, la seule entreprise Rheinmetall vise une production annuelle de 700 000 obus dans les prochaines années. De même, la Russie aura produit 7 millions d’obus, roquettes et mortiers en 2025.
Dans un autre domaine, après quinze ans de tergiversations, la France a attendu fin 2025 pour annoncer la reprise de la production de ses missiles longue portée SCALP. Si la production de missiles, et notamment de missiles intercepteurs, doit encore accélérer d’ici 2030 dans le cadre de la nouvelle loi de programmation militaire, les retours d’expérience de la guerre d’Ukraine et même de la guerre contre l’Iran montrent à quel point elles sont en-deçà des besoins face à la menace de drones infiniment moins onéreux que les missiles censés les neutraliser.
Au moment où, en début d’année 2026, le ministère des Armées récompensait une compagnie française pour avoir réussi le défi de produire en moins d’un an 1 000 drones à moins de 1 000 euros l’unité, l’Ukraine et la Russie utilisaient chacune des milliers de drones dans la même journée, comme chaque jour de l’année. La production ukrainienne de drones est passée de 5 000 unités en 2022 à 300 000 en 2023, pour dépasser les 2 millions l’année suivante et les 4,5 millions en 2025. L’Ukraine vise une production de 7 millions cette année, contre quelques milliers pour la France.
Du côté des grands programmes d’armement, la France ne produit plus de chars de combat depuis 2008, et n’a pas encore décidé d’un char de génération intermédiaire dans l’attente de la concrétisation du programme franco-allemand MGCS, qui n’adviendra qu’à partir de 2045 si le projet n’est pas annulé d’ici-là. Des programmes structurants comme le Thundart, qui doit remplacer les capacités de frappe en profondeur lorsque les actuels lance-roquettes unitaires seront retirés du service, ne seront utilisables qu’à partir de 2030.
Mais il faut se rendre à l’évidence : sauf à commander hors d’Europe (États-Unis, Corée du Sud…), en rupture totale avec la quête d’autonomie stratégique suivie à juste titre par la France, nous ne réaliserons pas en quelques années une massification de nos parcs d’équipements majeurs. La France ne va pas produire en trois ans des centaines de chars ou de lance-roquettes multiples. Même en injectant dans l’extension des capacités de production des milliards d’euros supplémentaires que nous n’avons pas, il n’est pas dit que nous trouverons en temps de paix la main-d’œuvre nécessaire.
S’il est possible et nécessaire de revoir à la hausse les cibles d’acquisition des grands programmes d’armement et d’en accélérer les délais de livraison, ce ne sera possible que pour ceux dont la production est déjà engagée ou en voie de l’être. La situation ne pourra sinon être débloquée que par un effort de défense bien plus lourd, injustifiable et insoutenable en temps de paix. Mais il demeure possible de se préparer à une telle évolution, en rendant nos industries prêtes à soutenir un effort massif.
Compléter notre base industrielle de défense (BITD) par la construction d’un potentiel industriel de défense (PID) cohérent
La France et les autres pays européens ne peuvent atteindre en temps de paix des dépenses militaires du même ordre que celles de l’Ukraine en guerre, dont l’effort de défense (incluant l’aide européenne) représente 30 à 40% du PIB. C’est cette authentique économie de guerre qui permet aujourd’hui à l’Ukraine de concevoir de nouveaux armements à une vitesse record (ainsi des missiles Flamingo, passés de l’ébauche aux premiers tirs en seulement onze mois), ou d’en fabriquer dans des quantités sans équivalent en Europe (tels les obusiers Bogdana, produits au rythme de 40 par mois contre 10 désormais pour les CAESAR français). Et là où l’Ukraine produit désormais plusieurs millions de drones par an, pour un usage immédiat sur le champ de bataille, un pays comme la France ne peut en fabriquer et stocker des millions pour son propre usage, d’autant que les évolutions technologiques pourraient les rendre vite obsolètes.
Nous pouvons en revanche créer les conditions qui nous permettront demain d’entrer rapidement en économie de guerre.
Il convient de dépasser la logique de base industrielle et technologique de défense (BITD), sur laquelle reste fondée l’industrie de défense française, pour embrasser celle du potentiel industriel de défense (PID).
Il s’agira d’abord de favoriser et accompagner dès maintenant des conglomérats d’entreprises du secteur de la défense et d’entreprises civiles prêtes à reconvertir tout ou partie de leur production en cas de besoin. Sur le plan du capital humain, la construction du PID nécessitera de former les personnels les plus variés à une éventuelle reconversion vers la conception et la production d’armement, et d’acculturer davantage de jeunes en formation aux spécificités de l’industrie de défense. Et sur le plan du capital technique, enfin, d’aider financièrement les entreprises volontaires à développer des lignes de production capables de passer à une production massive d’armement de divers types. Enfin, le développement de ce PID imposera aussi de préparer la logistique nécessaire à une économie de guerre, incluant le stockage et le transport de quantités massives de drones et d’autres consommables. La stratégie de mise en place du PID pourra intégrer des dispositifs créés depuis 2022, à commencer par la réserve industrielle de défense dont l’ambition doit être revue à la hausse pour anticiper les besoins en main-d’œuvre.
Proposition #8 | Développer un Potentiel industriel de défense (PID) en :
- Favorisant la complémentarité entre les industries de défense et les entreprises civiles ;
- Développant les compétences et la réserve industrielle nécessaires à une montée en puissance rapide de la production ;
- Soutenant les investissements dans des capacités de production flexibles et rapidement mobilisables ;
- Anticipant les besoins logistiques liés à un engagement de haute intensité.
Conclusion
Face au dérèglement du monde, la France et l’Europe doivent retrouver les moyens de défendre leurs intérêts sans renoncer à leurs principes. Cela implique de garantir leur sécurité collective face aux risques technologiques, informationnels et hybrides, tout en renforçant les coopérations internationales nécessaires à leur souveraineté maritime et économique. La crédibilité d’un ordre mondial fondé sur des règles exige également de mieux faire respecter le droit international et les droits humains. Enfin, le retour de la guerre de haute intensité impose de bâtir un potentiel industriel de défense rapidement mobilisable. En somme, il faut redonner au droit les moyens de primer sur la force, tout en nous donnant la force nécessaire pour le défendre.
L’Institut Open Diplomacy, fondé en 2010 par Thomas Friang, est un think tank reconnu pour ses travaux d’intérêt général. En 2025, face à l’accumulation de crises géopolitiques, écologiques, économiques et politiques qui s’aggravent mutuellement, il s’est donné pour mission de « comprendre et combattre la polycrise ».
Pour mener à bien cette mission, l’Institut a tout d'abord mobilisé plus de dix co-auteurs et trente experts autour d’une analyse des quatre grandes crises systémiques et de leurs interactions. Le fruit de ces travaux a été publié dans un premier rapport, Comprendre la polycrise : précis de lucidité pour négocier un tournant historique. Cette étude, parue à l’occasion du 15ᵉ anniversaire de l’Institut, a également posé les fondements du Sommet du Y7, organisé du 17 au 20 mai autour du thème « Combattre la polycrise ».
Afin de prolonger cette réflexion et de valoriser les propositions formulées lors du Y7, l’Institut a ensuite mobilisé cinq co-auteurs, dix-sept contributeurs et trente-huit experts pour identifier des solutions concrètes pour combattre la polycrise. Présentée le 9 octobre à la Maison de l’Europe, cette nouvelle étude est divisée en quatre grandes parties - intégrer les déséquilibres démographiques | endiguer les bouleversements géopolitiques | ralentir les crises écologiques | prévenir les ruptures technologiques - et est accessible dans son intégralité en ligne via ces pages.