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Combattre la polycrise : l’Institut Open Diplomacy appelle à investir dans l’avenir plutôt qu’à le subir

Le 9 octobre 2026, l’Institut Open Diplomacy a réuni à la Maison de l’Europe de Paris experts, décideurs, et membres de sa communauté pour son colloque « Combattre la polycrise » afin de présenter son rapport éponyme. Une matinée consacrée à une conviction : après avoir documenté la bascule historique que traverse l’Europe, le temps est venu de passer du diagnostic à l’action.
« Les crises ne construisent rien par elles-mêmes. Ce sont les décisions prises pour les surmonter qui font l’Histoire. » C’est par cette mise en garde que Thomas Friang, fondateur et Directeur général de l’Institut Open Diplomacy, a introduit le nouveau rapport de l’Institut.
De « Comprendre » à « Combattre » la polycrise
En octobre 2025, l’Institut Open Diplomacy présentait au Sénat son premier rapport consacré à la polycrise. Son objectif était alors de démontrer que les déséquilibres démographiques, les bouleversements géopolitiques, les catastrophes écologiques et les ruptures technologiques ne peuvent plus être appréhendés séparément, mais s’accumulent, interagissent et se renforcent mutuellement.
Un an plus tard, cette grille de lecture demeure, mais la question a changé : comment combattre la polycrise ?
Le nouveau rapport, « Combattre la polycrise – Manuel lucide pour lutter contre le cynisme, le court-termisme et l’individualisme qui ont commencé à sortir l’Europe de l’Histoire », prolonge le travail de prospective engagé en 2025. Il s’appuie notamment sur les recommandations élaborées lors du Y7 2026 et sur les contributions de nombreux experts.
Sa thèse est volontairement exigeante : les crises auxquelles l’Europe est confrontée n’étaient pas imprévisibles. Le dérèglement climatique, le vieillissement démographique, le retour des rapports de force ou encore le décrochage technologique européen ont été documentés depuis plusieurs décennies. Pourtant, les investissements et arbitrages nécessaires ont trop souvent été différés. « Nous savions. Nous avions le temps. Nous avions les moyens. Mais nous avons renoncé », résume Thomas Friang.
Refaire du temps long une priorité collective
Au cœur du Tome 2 se trouve une question profondément intergénérationnelle.
La génération active doit aujourd’hui financer simultanément les conséquences des choix passés, les besoins du présent et les investissements considérables nécessaires pour préparer l’avenir. Cette situation nourrit un sentiment croissant de déséquilibre entre les générations et peut fragiliser aussi bien le consentement à l’effort collectif que la capacité à investir dans le temps long.
Mais le rapport refuse d’en faire une guerre des générations. Le problème ne réside pas dans une classe d’âge en elle-même, mais dans une culture politique marquée par le court-termisme, l’individualisme et la préférence donnée au présent sur l’avenir. Transformer la colère générationnelle en affrontement constituerait donc une nouvelle impasse.
L’enjeu est au contraire de reconstruire un contrat social entre les générations, fondé sur une responsabilité réciproque et sur la mobilisation de toutes les ressources disponibles.
Dissuader, décarboner, digitaliser
Pour l’Institut Open Diplomacy, trois fronts doivent désormais concentrer les investissements européens.
D’abord, dissuader, afin de retrouver les moyens de garantir notre sécurité et notre liberté stratégique dans un environnement international marqué par le retour des logiques de puissance. Ensuite, décarboner, afin d’atténuer les crises écologiques, adapter les infrastructures et protéger les populations. Enfin, digitaliser, pour permettre à l’Europe de retrouver une capacité d’innovation et de production dans les technologies stratégiques, au premier rang desquelles l’intelligence artificielle.
Cette ambition suppose de rompre avec l’idée selon laquelle la seule « grande transmission » patrimoniale suffirait à corriger les déséquilibres entre générations.
« Nous n’avons pas besoin d’une grande transmission. Nous avons besoin d’un grand investissement. » Le rapport appelle ainsi à mobiliser ensemble le capital humain des générations actives et le capital financier accumulé par les générations patrimoniales, afin de financer dès maintenant les transformations nécessaires.
Quatre séquences pour passer du constat aux solutions
Le colloque a décliné cette réflexion autour des quatre grands nœuds de la polycrise.
La première séquence, consacrée aux déséquilibres démographiques, a réuni Juliette Marceaux, François Villeroy de Galhau et Sibylle Le Maire, sous l’animation d’Anne-Sophie Lallemand.
La deuxième a interrogé les bouleversements géopolitiques avec Aurélien Duchêne, Éric Lombard et Denis Simonneau, sous l’animation de Ramachandra Oviode-Siou.
Les crises écologiques ont ensuite été abordées par Arthur Rogé, Bertrand Badré et Sylvie Bénard, dans une séquence animée par Clara Furlan.
Enfin, Bastien Beauducel, Damien Viel et Christelle Dernon ont débattu des ruptures technologiques et de la capacité de l’Europe à reprendre la maîtrise de son avenir technologique, sous l’animation d’Inès Rivoalen.
La matinée, ouverte par Laurence Monnoyer-Smith et Thomas Friang, s’est conclue par les interventions de Jean-Baptiste Boyssou et Xavier Timbeau.
Créer un présent désirable, préserver un futur habitable
Avec ce deuxième rapport, l’Institut Open Diplomacy entend désormais porter ses propositions au-delà du colloque et contribuer au débat public sur les choix économiques, sociaux, environnementaux, technologiques et stratégiques des prochaines années.
Car combattre la polycrise suppose d’abord de changer notre rapport au temps : ne plus attendre que les crises imposent leurs propres arbitrages, mais retrouver collectivement la capacité d’investir et de décider.
Comme l’a résumé Thomas Friang en conclusion du colloque :
« Notre mission est de créer un présent désirable aujourd’hui et de préserver un futur habitable demain. »
Comprendre la polycrise était une nécessité. La combattre est désormais un devoir.

